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PHILOSOPHY MAJOR
la stratégie de l'araignée

Qu'on se le dise, WordSound est de retour. Skiz Fernando a réactivé la machine à dub-hop après quelques années de sommeil. Une renaissance digitale. Les productions de ce label new-yorkais dédié au dub mutant, à l'illbient et au hip hop déviant sont désormais disponibles en mp3. On y retrouve la "joyeuse" équipe au grand complet. A commencer par Spectre, Sensational, Bill Laswell et Philosophy Major. Ce personnage, né sous des hospices singuliers, nous revient avec Divination Systems. Un album-concept aussi riche et détonant que ses précédentes réalisations, Hypnerotomachia et Fantastic Voyage (avec Prince Charming). Un disque "cryptique" où se mêlent breakbeats, dub, samples, riffs de guitares psychées, arrangements électroniques et quelques vocaux dispensés par des lascars échappés du collectif (Temple) Lovecraft Technologies. Le tout pétri de références littéraires. Entretien.


Est-ce que tu peux nous préciser un peu ton background et ton orientation musicale ?

Je suis le fils aîné d'un ex-prêtre et d'une ancienne nonne. J'ai commencé par étudier le piano, de manière classique, à l'âge de cinq ans. A l'adolescence, j'ai abandonné pour la guitare. J'ai été marqué par Paco de Lucia, Moraito, Sabicas et Paco del Gastor (j'ai d'ailleurs fait l'arrangement d'un de ses falsetas sur Hypnerotomachia). En ce qui concerne le dub, c'est Lee Perry, King Tubby, Mad Professor, I Roy, Sly & Robbie. Il y a toujours eu pas mal de confusion à propos de mes morceaux : je fais du dub mais en y incorporant des éléments de flamenco, de rock, de tango, de free-jazz et même de salsa; pendant des années j'ai vécu juste en dessous d'un pianiste de salsa et je me suis imprégné de ces rythmiques.

Quelques mots sur ton nouvel album, Divinations Systems, comparé justement à Hypnerotomachia
Divination Systems a été réellement l'occasion d'orienter le dub vers autant de directions différentes qu'il m'était possible de faire. Sur Hypnerotomachia, j'ai joué avec des programmations drum-n-bass et hip hop. Cette fois-ci, je voulais plus porter mes compositions vers l'IDM, le noise et le grime. Je voulais aussi travailler avec beaucoup plus de vocaux. D'où la présence de deux rappers de Lovecraft Technologies, Confuz (maintenant avec Graveyard Whores) et 9th Circle of Hell (aka Datz Cold / Blood And Wires); pour ne citer qu'eux. Le titre de l'album vient d'ailleurs d'une rime de Confuz. Au final, Divination Systems est un peu plus sombre que Hypnerotomachia. Il y a aussi beaucoup plus de choses, de matières au niveau des textures. Sur Hypnerotomachia, je restais encore sur une palette dub assez traditionnelle. Là, j'ai été moins préoccupé par cet aspect et je pense que Divination Systems reflète mieux mes goûts.

Comment es-tu rentré en contact avec Skiz Fernando, le label-manager de WordSound ?
En fait, on ne s'est jamais rencontré. Jusqu'à une période récente, Skiz et moi, nous vivions éloignés l'un de l'autre, sur les Côtes opposées des Etats-Unis. Nous nous parlons au téléphone et nous échangeons des emails. C'est Josh (Prince Charming) qui m'a mis en contact avec lui lorsque j'ai participé à l'enregistrement de Fantastic Voyage. Et bien évidemment, ne serait-ce que pour des raisons personnelles, je suis heureux qu'il y ait encore des personnes comme lui pour sortir des productions musicalement audacieuses, difficiles. Cela dit, Skiz se dévoue vraiment et complètement à la musique. Et c'est une des raisons pour lesquelles WordSound inspire et mérite le respect.

Quel est ton sentiment à propos de la renaissance "digitale" de WordSound ?
Je pense que c'est une bonne idée. Internet est omniprésent et la question n'est pas de savoir qui a une copie et de quoi. Tout compte fait, cela signifie que Skiz va pouvoir produire plus de réalisations sur une année. Et pour le moment, WordSound va sortir de nouvelles productions, et non des moindres, de Spectre, Sensational, Mental Nomad et Bill Laswell [cf. la compilation Beat Alchemy]. Mon album Divination Systems est sorti uniquement en digital, il n'y a pas de copies matérielles [CD ou vinyl]. Pour l'heure, il nous reste à voir si les radios et les professionnels joueront le jeu avec ce support.

Qu'en est-il actuellement de la mouvance dub hop / illbient ?
Je ne peux pas vraiment parler de cette scène d'un point de vue général. Disons que cette musique garde des fans purs et durs dans la plupart des villes mais c'est toujours assez underground. A la différence de la drum-n-bass ou de l'electronica / breakbeat, les publicitaires n'ont pas trouvé le moyen d'utiliser le dub-hop, l'illbient ou le hip hop déviant pour vendre des voitures. Donc, en tout cas dans ce pays, ça devrait continuer de rester underground…

Pour finir, quelques mots sur ton site Internet…
Mon site est principalement dédié à mes écrits. Je suis un grand admirateur du mouvement dada, du surréalisme, de l'expressionnisme et de leurs précurseurs. J'en reviens constamment à Lautréamont, Jarry, Patchen, Meyrink, Ball et Tzara… Ils ont tous ce pouvoir étrange de nous bouleverser l'esprit. Et j'aime ça ! Mon écriture me permet d'incorporer, d'utiliser leur technique au service d'une sorte de vision à la Lovecraft de l'horreur et de sa beauté. Mais en fait, peu importe tout cela à partir du moment où c'est quelque chose qui me fait rire. C'est d'ailleurs ainsi que j'évalue ce que j'écris. A la lecture, si cela me suscite un rire iconoclaste, c'est acceptable. Désormais, j'ai opté pour une démarche identique en musique. Il n'y a pas la même emphase mais c'est dans un esprit similaire.


Laurent Diouf (article-interview publié dans MCD #39, mars / avril 2007)

Philosophy Major, Divination Systems (WordSound Digital)
Site: www.philosophymajor.com
Label: www.wordsound.com/catalog/digital.html





Laurent Diouf @ WTM-Paris