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PAN SONIC : modèle déposé
A la manière
de certaines playlists thématiques publiées dans le magazine The
Wire, il faudrait faire une typologie des formations selon leurs noms. Telefunken,
Pan American, etc. Beaucoup d'artistes n'hésitent pas à s'emparer
des marques pour se démarquer ! Mais échaudés par
leurs déboires avec la firme nippone, Ilpo Vaïsänen et Mika
Vainio jurent avec une mauvaise foi qui force l'admiration, comme on dit, que
Pan Sonic n'a désormais plus rien à voir avec la multinationale
bien connue puisque, quatre ans après leur fondation, ils se la jouaient
à la Perec en faisant disparaître le "a" du milieu, histoire de
dénaturer leur pseudo pour échapper aux poursuites judiciaires.
En vertu de quoi, avec une hypocrisie "sans nom", ce sympathique duo déclare à propos d'IBM leur collaboration avec Bruce Gilbert que toute ressemblance avec Big Brother ne saurait être que le fruit de notre imagination ! Au vu de la zone de turbulences que traverse actuellement la société International Business Machine, on ne peut leur en tenir rigueur Ilpo Vaïsänen, Bruce Gilbert, Mika Vainio En cette fin Janvier à Paris, l'affiche était séduisante. L'idée d'assister, "live & direct", à la rencontre entre ces deux bidouilleurs qui opèrent avec des procédés issus de l'analogique pour produire des sonorités digitales draconiennes et le vieux briscard post-rock rescapé des années punk dans les sous-sols de Beaubourg, dans le cadre des "Spectacles vivants", a tenté beaucoup de monde. Surbooking et/ou problème de comptabilité, la Grande Salle s'est révélée trop petite et, comme d'autres personnes, nous n'avons pu assister à l'évènement. Ce qui prouve, au passage, qu'il y a un public conséquent pour ce type de musique pourtant réputée difficile. Mais leur prestation a cependant suscité des réactions mitigées aux dires de nos informateurs
Le lendemain,
"I" et "M" nous ont confirmé du bout des lèvres qu'ils n'étaient
pas entièrement satisfaits de cette prestation pour d'obscures raisons
techniques
C'est pratiquement la seule info que l'on a pu tirer des membres
de Pan Sonic réputés pour leur mutisme. Malgré le soutien
actif d'un fan déclaré en la personne d'O Lamm, ils se sont montrés
avares en propos, tant sur cette collaboration qu'au sujet de leur nouvel album,
"Aaltopiiri" qui juste de paraître, fidèles à leur ligne
de conduite "Pan sonic n'est pas porté sur la théorie. Nous n'avons
pas de plan précis. Nous nous contentons de faire de la musique". Fin
de citation.
Certes, on ne s'attendait pas à un discours fleuve sur le devenir de l'electronic-music et ses développements avant-gardistes. Mais quand même De la part d'individus qui ont croisé F.M. Einheit (Einsturzende Neubauten), Alan Vega (Suicide) et autres icônes vivantes de la stature de Bruce Gilbert (Wire) donc, avec qui ils viennent aussi de sortir un LP sur le label Mego Qui ont été partie prenante des toutes premières raves scandinaves en tant qu'organisateurs et DJ tout en optant parallèlement pour une démarche plus cérébrale avec la création de la structure Sähkö Recording vouée aux recherches sonores les plus expérimentales (Æ , etc.) Qui sont, enfin, régulièrement sollicités pour intervenir dans des musées et des défilés sans que la nature de leur electronica du troisième type en pâtisse On attendait autre chose que ces quelques phrases lâchées après un silence pesant !
Ilpo Vaïsänen et Mika Vainio nous ont quand même confirmé qu'ils utilisaient encore plus de composants numériques que par le passé. On imagine d'ailleurs aisément les facilités et nouvelles possibilités que cela leur apporte sur le plan du processus de création mais, à l'oreille, par un retournement de situation, certains passages sonnent comme de la musique concrète. Genre pour lequel, on s'en doute, ils ont le plus grand respect compte tenu de leur démarche plutôt aride, abstraite et torturée. Ce qui surprend aussi à l'écoute de leur nouvel album, c'est la présence plus marquée qu'à l'ordinaire d'effets "dubisants". Comme cet écho discret mais prolongé sur le morceau "Vaihtovirta", témoignage involontaire de leur penchant envers la musique jamaïcaine. Les autres titres de cet opus d'obédience ambient-electronic malgré quelques glissements breakbeat-n-noise vers la fin sont comme d'habitude un véritable défi à la phonétique. A la première prise de contact, on a l'impression que les morceaux longs sont plus rythmés, disons abstract-groove, que les pièces plus courtes. Mais en bout de piste, une agitation plus compacte vient contredire cette constatation. Au final, l'ensemble de ce manifeste "new-electronica" est très accessible et devrait donc dépasser le cercle des initiés.
Laurent Diouf
article publié dans Coda magazine en Mars 2001.
Radio Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris. email Wreck This Mess