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NAW
un minimalisme au reflet vert orangé


Une architecture dépouillée offrant une déclinaison disloquée de dub électronique, en alternance avec de la techno minimale dont la rythmique est tempérée par une ligne de basse hypnotique, des textures souples et un clavier aux sonorités lumineuses. Ce descriptif s'appliquait à The Resound Of A Foggy Autumn Dawn, l'album avec lequel nous avons découvert Neil Wiernik alias Naw. On retrouve ces ambiances magnétiques sur son nouvel opus, Green Night Orange Days, disponible sur le label Noise Factory Records basé, comme lui, à Montréal au Canada.

Armé de son laptop, Neil "Naw" Weirnik continue donc d'explorer des territoires sonores captivants. N'hésitant pas à modifier ou construire ses propres softs pour générer des patterns et des loops avec lesquels il distille, en gardant une grande part d'improvisation, des canevas aux sonorités organiques et narcotiques. Une empreinte sonore déjà bien balisée par la scène allemande et qu'une bonne partie du milieu électronique canadien semble avoir adopté (cf. Deadbeat, Intr-version, Mutek, Egg, etc.). Du moins en apparence… Mais c'est aussi pour faire connaître la communauté canadienne des musiciens électroniques dans sa diversité que Neil Wiernik s'investit dans la création d'un site Internet qui lui est dédiée : Phoniq.net. Qui plus, après un passage discret à Paris cet automne, il devrait revenir en Europe, cet été, pour une série de concerts qui culminera au fameux festival Sonar à Barcelone, en Espagne.

Pour commencer, est-ce que tu peux mentionner tes influences.
À la fin des années 80, une personne m'a passé un disque de Dub Syndicate et cela a tout changé pour moi. À partir de là, je me suis intéressé de très près au dub. Au début des années 90, j'ai été confronté à la techno et la house qui, à l'époque, provenait de Detroit et Berlin. Et la fusion de ces courants, de ces sons, s'est opéré sur des labels commeBasic Channel, Main Street >et Transmat qui ont eut, finalement, une énorme influence sur la musique que j'élabore actuellement sous le nom de Naw.

En quels termes définis-tu ta musique ?
Deep dubby glitchy minimal techno…

Plus spécifiquement, comment décris-tu le dub ?
Le dub, pour moi, est plus une question de feeling, de sensibilité et d'évocation sonore. Lorsque j'y pense, je l'évoque souvent comme une sonorité aquatique, sous-marine. Imagines la manière dont résonnerait la sirène d'un bateau sous l'eau : c'est exactement ce à quoi correspond le dub pour moi. Une émotion, une épaisseur plaquée sur des sons.

Quelques mots sur ton nouvel album…
Ce nouvel album est une mixture de deep techno, d'ambient et d'IDM. J'ai vraiment essayé de composer un disque qui décrive, qui soit le reflet, du monde dans lequel je vis au quotidien. Par conséquent, c'est une interprétation de l'environnement auquel je suis confronté en vivant ici, à Montréal.

De quelle manière trouves-tu ou choisis-tu l'intitulé de tes morceaux ? Souvent ce sont de longs titres…
Les titres de mes morceaux sont justement la meilleure manière dont je peux mettre des mots sur cette interprétation du monde dans lequel je vis. Par exemple "Mid winter sailboat rescue" est vraiment un morceau qui raconte comment j'ai été percuté par une voiture alors que je marchais pour rentrer chez moi après le travail, l'hiver dernier. Mais c'est aussi la transcription d'évènements qui se sont déroulés avant, pendant et après cet accident qui a contribué à l'élaboration de ce morceau. Donc, le titre reflète finalement toutes les choses et l'environnement présent autour de moi lorsque cela s'est passé.

Qu'en est-il du label Noise Factory Records ?
Comme pour le dub, je définirai le label non pas par rapport un style mais en termes de feeling et de texture sonore. Noise Factory Records accueille une grande diversité d'artistes qui font tous de la musique avec un sentiment particulier qui est partagé mais chacun à ses propres caractéristiques musicales. Par exemple, la musique de Beef Terminal, basée sur de la guitare, est le pôle inverse de ma musique composée à partir de laptop : nous avons chacun notre son mais nous avons malgré tout un socle en commun, nous partageons une émotion. C'est ça la caractéristique du label.

Cela dit, est-ce qu'il y a, selon toi, une spécificité de la scène canadienne et/ou québécoise ?
C'est une question intéressante et, en fait, que je me la suis posée récemment. Y-a-t-il un son, ou un style, spécifiquement canadien : honnêtement, si on répond par l'affirmative, cela signifie que l'on ignore délibérément la centaine d'autres d'artistes canadiens qui font aussi de l'electronic-music mais qui ne sonnent pas comme ce que les Européens appellent le "son canadien"; et qui est en fait fondamentalement influencée par le dub… En d'autres termes, au Canada, Il y a énormément d'artistes qui font de l'electronic-music sous influence dub mais il y en a aussi beaucoup de musiciens qui font de l'électronique en étant influencés par d'autres styles musicaux.

Et la scène allemande dont on a l'impression que tu es proche musicalement, comment la juges-tu ?
Je ne peux pas vraiment faire de commentaires au sujet de cette scène que je connais peu, d'autant que j'ai passé que très peu de temps là-bas. La seule chose que je peux en dire, encore une fois, c'est que des labels comme Basic Channel, Main Street, Burial Mix, Din, Met Chain Reaction ont eu une importance considérable sur ma musique. Et les disques qui venaient de villes comme Berlin et Cologne ont été déterminants en termes d'influences et d'apports pour la scène canadienne tout comme ceux, à la même période, qui nous provenaient de Detroit, comme je le disais tout à l'heure.

Peux-tu nous en dire plus sur Phoniq, la plateforme Internet en cours de développement…
Phoniq.net est né du besoin spécifique d'un site qui soit fait par et pour la communauté canadienne des musiciens électroniques, des promoteurs et des fans de cette musique. Pour le moment, nous avons développé un forum pour que cette mouvance puisse communiquer entre elle, ainsi qu'une section d'archive des showcases et évènements qui ont accueilli les talents issus de cette communauté électronique [date, flyers, photos, commentaires]. Nous sommes en train de mettre en place des mp3, avec un prolongement de ce site sous forme de net-label. Et au printemps, nous avons prévu de finaliser une série d'outils et de logiciels, conçu en commun, pour échanger des données en temps réel afin de pouvoir faire des lives, des collaborations en ligne entre deux ou plusieurs artistes.

Soit dit en passant, qu'est que tu penses le téléchargement en général (c'est le grand débat, ici, en ce moment) ?
Personnellement, je n'ai absolument aucun problème avec le phénomène des mp3. Mais c'est un sujet épineux qui ne dépend, finalement, que de la manière dont les artistes veulent que leur musique circule et soit exposée.

Sinon, pour revenir à ta musique, quelles distinction y-a-t-il entre tes lives et ton travail en studio ?
Il n'y a vraiment pas de différence entre mon travail studio et mes lives. Cela repose dans tous les cas de figure sur de l'improvisation : le seul critère de différence, en fait, c'est qu'en studio je peux multiplier les approches et les prises alors que sur scène je n'ai droit qu'à une seule chance !

Quelques mots également sur ta dernière tournée…
Cette tournée, qui s'est déroulée en novembre 2004, m'a emmené pendant 12 jours dans 12 villes au travers du Canada. J'ai été rejoins par deux autres artistes canadiens, Andrew Duke et Akumu qui venait de réaliser chacun un nouvel album à cette période.

Et la perspective de jouer cet été au Sonar, en Espagne…
Je dois dire que je suis très excité à l'idée de pouvoir jouer dans un festival comme le Sonar. Et je suis curieux de voir comment le public va réagir à ce que je fais; d'autant que suis mon propre parcours musical sans trop savoir ce que font les autres musiciens laptop. Je suis vraiment impatient de voir quelles seront les réactions.

Pour conclure, la question rituelle : quels sont tes projets ?
Pour le moment, je me concentre sur l'écriture du prochain album. Mais bien avant sa sortie, il y aura beaucoup de dates, dont une tournée en Europe en juin, donc. D'autre part, le site Phoniq.net demande aussi beaucoup de travail, ce qui fait que je n'ai pas beaucoup de temps pour me consacrer à autant de choses que je souhaiterais le faire. Néanmoins, je travaille malgré tout en studio, en collaboration avec d'autres artistes, sur des projets qui, avec un peu de chance, verront le jour un de ces quatre…

Laurent Diouf
Article publié dans MCD #26, février 2005

Naw, Green Nights Orange Days (Noise Factory Records)
Distribution: Cargo
Infos: www.naw.phoniq.net
Noise Factory Records: www.noisefactoryrecords.com
Phoniq: www.phoniq.net





Laurent Diouf : Wreck This Mess / Paris