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MUSIQUES ELECTRONIQUES : la connection mexicaine
Lorsque l'on évoque le Mexique, c'est d'abord une succession
d'images au sens strict de clichés
qui nous viennent à l'esprit. L'empire Aztèque.
Les pyramides Mayas. Mexico, mégapole tentaculaire de plus
de 20 millions d'habitants. Le café (du Yucatan, svp !).
Acapulco. 1968. La tequilla. Le maïs. Les haricots rouges.
Pancho Villa. Zapata. Les indiens du Chiapas. Le sous-commandant Marcos
(dûment cagoulé…). Et, plus
récemment, la "commune" d'Oaxaca… Sans oublier
pour les lettrés, derniers des mohicans dans un monde de
plus en plus futile, Octavio Paz et Carlos Fuentes, par
exemple…
A priori, la musique électronique ne fait pas partie de cet
Inventaire à la Prévert. Dommage car le Mexique
compte de nombreux artistes qui font de la musique
électronique sans "états d'âme" : hors
de toute "géographie", comme leurs homologues polonais,
allemands, canadiens ou suisses. La techno, l'electronica ou le dub
étant universels… Ce constat est valable pour de
nombreux pays d'Amérique du Sud. En particulier le
Brésil que DJ Marky a
révélé sur le plan de la drum-n-bass.
Le Chili (où se déroulera une LoveParade cet
été) d'où est originaire Ricardo
Villalobos, acteur incontournable de la mouvance minimale berlinoise.
L'Uruguay via le net-label Grhk.org. L'Argentine dont le label
français Telegraph nous offre un aperçu au
travers de l'anthologie Post Office Special Argentina Madness (feat.
Gurtz, Franco Cinelli, Funzion, etc.).
Mais revenons au Mexique. La figure de proue de la scène
électronique mexicaine est incontestablement Murcof. Il a
acquis, à juste titre, une dimension internationale
après avoir signé sur le label anglais Leaf
(feat. Eardrum, Susumu Yokota, 310, Twisted Science, etc.). Sa musique
subtile et intimiste, à la croisée de
l'électro-acoustique et de l'electronica radicale, a de plus
séduit Jan Jelinek, Deathprod, Sutekh, Icarus et Colleen qui
m'ont pas hésité à le remixer sur des
tempos et tonalités inattendues. Cette reconnaissance, qui
se manifeste aussi par des collaborations en concert (notamment sur le
mode jazzy avec Eric Truffaz et Talvin Singh), prouve, si besoin
était, la qualité de son travail.
Le parcours discographique de Murcof passe également par
Static Discos, un label moteur qui a en partie forgé sa
renommée sur Internet. L'ensemble de sa production
étant d'ailleurs disponible via des plateformes
(légales) de téléchargement. Cette
structure basée à Tijuana, ville phare du
mouvement, est aussi le camp de base d'artistes en devenir comme le duo
electro-pop Pepito (Jose Marquez & Ana Machado) et surtout Fax;
nominé aux Qwartz cette année. De son vrai nom
Ruben Tamayo, Fax pilote en parallèle le net-label Cyan Recs dédié à la "musique digitale
d'aujourd'hui" (comprenez, selon la terminologie en vigueur, glitch,
experimental, microhouse, minimal techno, digital dub…).
Signe des temps, les net-labels indépendants jouent un
rôle prépondérant dans la
reconnaissance de la scène électronique mexicaine
en touchant en priorité les "prescripteurs" (DJs,
journalistes, "otaku"…). Ainsi, les initiés
connaissent Filtro où l'on retrouve, sous l'égide
de Cristian Cardenas et son équipe, d'autres formations
mexicaines qui surfent allègrement sur la vague "minimal-dub
/ clicks-n-grooves", faisant ainsi jeu égal avec les
productions de l'Hémisphère Nord…
Parmi les artistes affiliés à Filtro, on citera
notamment Lao, Alvaro Ruiz, Emmerichk et Subnor, un peu plus abstrait
(cf. Looking For Drugs In All The Wrong Places EP…). Des
compilations Bitflow et Region 4 venant
compléter ce tableau de famille (Plug, Karras In Dub,
Bifidus, Sanchez Dub). Il est à noter que le
développement futur de Filtro devrait s'incarner par
l'édition de CDs.
Ce tour d'horizon nous porte aussi vers Diskos Konfort, autre net-label
à proposer gratuitement des productions signées Zofa (soit
Miguel González, le fondateur de cette officine), Androide,
Flux (aka D-Konstruct), Victor Haus ou bien encore Hermetic Sound. Deux
séries de recueil, aux intitulés explicites
même pour ceux qui ne sont pas polyglottes, traduisent bien
la politique éditoriale de Diskos Konfort : Minimas Texturas et Maximas Texturas. On y croise aussi Wakal dont les ambiances
cuivrées et "cinématographiques" ont
été relayées en France par MK2 Music.
Dernier né, Mandorla propose de la musique un peu plus
cérébrale et expérimentale en
provenance du monde entier (d'Akira Rabelais à Christophe
Bailleau).
On signalera aussi une initiative curieuse et intéressante,
bien dans le cadre technologique de ce début de
siècle : EM. Un festival de musique électronique
en ligne, dont la programmation est donc relayée par des
webradios (Radioglobal.org, etc.) avec des points de diffusions qui
font le tour de la planète (Barcelone, Paris, etc.). Sans
oublier le festival Radar, espacio de exploración sonora au
coeur de Mexico, qui invitait Fred Frith, Otomo Yoshihide et Francisco
López pour son édition 2007… Dans ce
panel, nous avons mis l'accent sur des acteurs très
spécifiques mais le Mexique n'est pas coupé du
monde musical. Loin de là. Grâce à des
sites ou distributeurs comme Discoteca, et surtout Hot-Cake, la
crème des labels "technoïdes" européens
sont présents (de Burial Mix à Traum en passant
par Staubgold, Kompakt, Logistic, Ghostly…).
Enfin, dans un registre plus "overground", débordant
largement des seules musiques électroniques, impossible de
faire l'impasse sur Noiselab Records. Entre deux groupes locaux parfois
pointus (Instituto Mexicano del Sonido), on y trouvent sous licence des
artistes internationaux, grand public, aux profils
différents (Morrissey, Vitalic, Mogwai, Echo & The
Bunnymen et The Libertines !?). Et puisque l'on parle d'audience,
rappelons que le collectif à géométrie
variable Nortec Collective, hébergé par le label
Nacional Records, a rencontré un écho
considérable en réconciliant musique
traditionnelle mexicaine (norteño, tambora) et
sonorités électroniques au travers de quelques
Tijuana Sessions (Mil Records) restées dans les
mémoires. Loin des clichés de Plaid,
légende historique de Warp, mobilisant la figure du
super-héros mexicain Super Barrio dans un morceau aux
consonances "electro-latino" (cf. Greedy Baby avec Bob Jaroc) ou, dans
un autre genre, de la "salade mexicaine", funky et hip hop, d'Up,
Bustle & Out (Mexican Sessions sur Collision).
Laurent Diouf
(article publié / Qwartz.org, mars 2007)
Discos Konfort: www.discoskonfort.com
Discoteca: www.discotecaonline.net
Fax: http://faxmusik.com
Filtro: www.filtro.com.mx
Hot-Cake: www.hot-cakes.net
Instituto Mexicano del Sonido: www.institutomexicanodelsonido.com
Mandorala: www.mandorla.com.mx
Murcof: http://murcof.com/
Nacional Records: www.nacionalrecords.com
Noiselab Records: http://noiselab.com
Nortec Collective: www.norteccollective.com
Pepito: http://pepito.net
Radio Global: www.radioglobal.org
Static Discos: www.staticdiscos.com
Wakal: www.wakal.com
Laurent Diouf @ WTM-Paris