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MERZBOW : le mur du son

Sifflements. Vrombissements. Craquements. Bourdonnements. Grésillements. Crissements. Grincements. Claquements. Grondements. T'as pas entendu comme un bruit ? Masami Akita fait de la "musique" dissonante… Cet "homme à l'oreille cassée" torture ses machines et bouscule nos idées reçues sur les formes musicales. Que peut encore signifier le terme "harmonie" après un tel déluge ? Pourtant, les auditeurs chevronnés parviennent à déceler de subtiles nuances dans cet enchevêtrement de bruits blancs, d'interférences et d'infra-sons. Dans cette cascade de saturations / déstructurations / restructurations. Dans la droite ligne de l'indus, cet "extrémiste" bruitiste nous explose les tympans en mettant à nu la beauté d'une matière sonore à l'état brut. Le principe de cruauté appliqué à l'electronic-music… Du collage poussé à son paroxysme : Masami Akita doit son pseudo à un pionnier du mouvement Dada, Kurt Schwitters qui pratiquait avec violence cet art du cut-up avant l'heure et surtout contre les conventions. Un art du refus baptisé Merz.

Outrepassant les convenances mélodiques, Merzbow se livre à une orgie de sonorités trash-indus, comme le suggère l’intitulé de certains de ses albums : "Rainbow Electronics", "Metalvelodrome", "Noise Embryo", "Electroploitation", "Material Action For 2 Microphones", "Sons Of Slash Noise Metal", "Annihioscillator", etc. Par comparaison, la moindre production dite "hardcore" passe pour une berceuse… Mais à ce stade, l'avant-gardisme de ce "noise-maker" tient de l’épreuve de force. Une épreuve physique. Corporelle. Une sorte de sadomasochisme acoustique à la limite de la stérilisation auditive. Du percing sonore. Car Merzbow est un fervent adepte du bondage, tradition nippone oblige. Là aussi, les titres de ses disques trahissent son intérêt pour cette pratique séculaire et quelques autres perversités savoureuses : "Music For Bondage Performance", "Pornoise", "Sadomasochismo / Lampinak", "Artificial Invagination", "Venereology", "Neo Orgasm", "Scatologic Baroque", "Scum", etc.

Si Merzbow se sent proche, par exemple, de Pan Sonic et de l’équipe du label expérimental Mego tout en vouant un culte (allez savoir pourquoi) aux icônes des années 70s (Cpt Beefheart, Zappa, Soft Machine !), on ne peut s'empêcher de le rapprocher d'un autre personnage "bruyamment" présent sur le label Extreme : John Duncan ("Klaar"). Même sens de la démesure, question décibel. Même intensité sur le plan de l'émotion. Même férocité palpable qui plombe l'atmosphère. Pourtant, l'émulsion avec la structure de Roger Richard se fera par le biais d'une rencontre avec S.B.O.T.H.I. en 1988 ("Collaborative LP"). Ce symposium post-industriel vient d'être enfin réédité et figure parmi les 50 Cds (!) contenu dans la "Merzbox". Une véritable malle au trésor que le label-manager a mis des années à réunir pour sceller leur association et qui vient couronner plus de vingt ans de perturbations bruitistes assénées sans discontinuer ! Un projet dantesque à la hauteur des activités cet artiste polymorphe : Masami Akita est aussi écrivain (cf. "The Anagram Of Perversion" et "Noise War" publié chez Seiku-sha Edition), compositeur pour des long-métrages (si, si !, cf. B.O. de "Lost Paradise" de Fuji Planning et de "La Séquence Des Barres parallèlement" de Ian Kerkhof), historien de l'architecture japonaise de l'entre-deux guerre et, bien sûr, un des plus grand spécialiste du bondage sur lequel il a écrit de nombreux ouvrages très documentés.

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Laurent Diouf (online sur Hypertunez.com en 2000)





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