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LEIF ELGGREN
L'homme qui aimait les flammes
Cet étrange
personnage est pratiquement inconnu en dehors d'un cercle restreint d'initiés
Pourtant, depuis 1995, Leif Elggren gère le label FireWork avec Kent
Tankred. Une des structures les plus conceptuelles qui soit dans le domaine
de la recherche sonore. Ou plutôt en matière de création
artistique bruitiste
Leif Elggren travaille sur les sons tout comme un
sculpteur s'acharne sur la pierre ou un écrivain jongle avec les mots.
Cette analogie n'est pas fortuite puisque ce label n'est, finalement, que le complément discographique tardif d'une maison d'édition (FireWork Edition) qu'il a fondé en compagnie de Thomas Lijenberg en 1982 après quelques années d'"actionnisme" Entre 95 et 96, nos deux lascars ont, par exemple, écrit plus de deux cent lettre adressées à l'intelligentsia de l'art contemporain. Un brûlot pour dénoncer, après tant d'autres, l'hypocrisie de ce microcosme égotique partagé entre fausse utopie créatrice et contingence économique. Histoire de souligner ce paradoxe, leurs missives étaient ponctuées d'une sollicitation financière ! Pied de nez. Bras d'honneur. Cette correspondance sulfureuse fut réunie dans un ouvrage intitulé "Experiment With Dreams" (FireWork Ed.).
En parallèle,
ils ont édité un CD "soporifique" mais allégorique. Dormez
en paix braves gens
Son titre: "Zzz". Imaginez vous insomniaque par
une nuit sans lune, en plein été. La créature au sexe indéterminée
qui gît, inconsciente, à côté de vous, ronfle honteusement.
Zzz. La fenêtre étant ouverte, outre ces ronflements intempestifs,
l'écho de la circulation vous parvient dans le lointain. Vroom. Un CD
"miroir", dont on ne révélera pas la teneur, "sonne" l'heure du
réveil : "9:11". La raison d'être de cette suite acoustique,
c'est la publication des réponses ("The Answers") à l'appel d'offre
qu'ils ont lancé précédemment. Mais puisque l'on parlait
de sommeil perturbé, abordons maintenant les problèmes de literie
"Pluralis Majestis" est une symphonie pour lit cage, capteurs, PA-system et
boîte en fer blanc
Bruissement d'air amplifié. Claquements
et vibrations des tubulures métalliques, un rêve
Soit l'environnement
sonore d'une installation que Leif Elggren a commis en 97. Cette intervention
concluant le triptyque amorcé par "Flown Over By An Old King".
Le bruit
de fond est sensiblement le même comme l'indique les visuels intérieurs
de la pochette du deuxième tableau : "Talking To A Dead Queen".
Un album irrationnel. Dérangeant. Il y a tout d'abord ce titre "ésotérique"
qui nous rappelle que Leif Elggren fut aussi à l'origine de "The Ghost
Orchid : an introduction to E.V.P." (electronic voice phenomena).
Une anthologie dédiée aux recherches menées par Raymond
Cass sur les manifestations fantomatiques qu'il croyait déceler au travers
de fréquences radio oubliées
Il est à noter que Leif
Elggren a également exhumé d'autres documents sonores tout aussi
confidentiels sur Ash Int. / Touch Rec. Mais revenons à nos âmes
mortes
Au dos de "Talking To A Dead Queen" figure une dédicace
à sa tante qui, nous précise-t-il, avait le don de tomber en état
de catalepsie
L'idée de cette production post-industrielle étant
de laisser un message sur l'autre rive
Sachant qu'avant cette complainte
crépusculaire, une voix monocorde lit, pendant de longue minutes, le
récit d'une agonie puis un rapport d'autopsie.
Musiques
et cultures anatomiques
Dans un registre plus sensuel, Leif Elggren a enregistré
les interférences électrostatiques du corps humain avec le gaz
d'un néon : "R.G.B. an audio spectrum". Et à ceux qui en douteraient,
signalons aussi que FireWork édite aussi des bidouillages électroniques
et autres "digital mixing" (cf. Entarte). Ainsi que des ultra-sons, "étirés"
pour être perceptibles. Des archives militaires déclassifiées
qui sont en fait le traceur d'un mystérieux objet sous-marin dont on
distingue l'oppressante palpitation après un énorme fracas métallurgique
(Sons Of God, "The Object"). There is a secret sound
Mais la reine dont
il est question plus haut était peut-être celle d'Elgaland-Vargaland.
Le royaume imaginaire dont Leif Leggren a déposé les statuts sur
le Réseau
Un territoire composite fait de zones tampons (borderline
zones). Une sorte de TAZ pour expériences limites qui se décline
aussi bien sur le mode psychique (Hypnagogue State), physique (Escapistic Territory)
que virtuel (Virtual Room).
Laurent
Diouf
article
publié dans Coda magazine en 199?
Contact :
FireWork Edition Records, Sverkersgatan 5, 12651 Hägersten, Suède.
Site : www.algonet.se/~tankred/fer.html
Anti-discographie :
Leif Elggren & Thomas Liljenberg "Zzz
" (FireWork Records)
Leif Elggren / EsRM, souRce research, Matmos "R.G.B., an audio spectrum"
(siRcom)
Leif Elggren "Flown Over By An Old King" (Radium)
Leif Elggren "Pluralis Majestis" (FireWork Records)
Leif Elggren "Talking To A Dead Queen" (Fylkingen Rec.)
The Ghost Orchid "An introduction to E.V.P." (P.A.R.C. / Touch Rec.)
The Sons Of God "The Object" (FireWork)
Radio Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris. email Wreck This Mess