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JUNGLE V.2: brève histoire d'une musique hybride
Eh oui, on fera court pour énoncer les principales
caractéristiques de la jungle ! La raison en est simple : ce
bref exposé aurait pu être en soi un chapitre
à part entière du dossier que nous avons
consacré à la drum-n-bass. La filiation est
évidente même si le réseau
d'influences, la tonalité et le public peuvent
être divergents…
Au début, d'ailleurs, les deux termes sont souvent
employés de manière synonyme bien que certains
spécialistes croient pouvoir déceler une
légère antériorité de la
jungle sur la drum-n-bass. Mais tout cela reste extrêmement
flou et nous n'aurons pas la prétention de trancher ce
débat d'experts. Juste de donner quelques
repérages.
Une chose est sûre, par contre, la jungle comme la
drum-n-bass se singularise par un canevas de breakbeats et une forte
ligne de basse. Ce courant musical s'est construit en quelque sorte en
réaction à la techno, linéaire et
manichéenne. Au tout début des années
90s, des bidouilleurs essaient déjà d'extraire
d'autres sons de leurs machines.
Aux rythmes monotones (au sens étymologique) et aux
mélodies monochromes, certains
préfèrent donc des structures rythmiques plus
heurtées, cassées. Dans cette course à
la vitesse qui caractérise l'expansion des musiques
électroniques, la drum-n-bass / jungle permet encore de
franchir un cap que beaucoup croyaient indépassable.
Cette cassure rythmique est héritée du funk et du
hip hop made in US. Mais cet héritage a
été transfiguré en Angleterre.
À l'Est de Londres, plus précisément.
Là, quelques lascars commencent à s'amuser avec
leur Atari. Tchick, tchick, clac… En deux temps (2-step),
trois mouvements, un nouveau courant musical est né : en
cette période héroïque, on appelle
encore "ça" de la jungle-techno.
Mais la jungle ne se limite pas à une reconfiguration
rythmique de la techno. Derrière, en
arrière-plan, il y a beaucoup d'emprunts au reggae-dub et au
ragga / dancehall. Pour beaucoup, c'est cette autre filiation qui
caractérise essentiellement la jungle : des breakbeats
épileptiques et une bassline féroce, dubby
parfois même la reprise de riddims classiques et
boostés pour l'occasion qui sert de fil rouge
pour un MC ou un toaster dont les interventions vocales maintiennent le
public sous pression.
En d'autres termes et pour "chromatiser" le débat : la
jungle serait Black. Et la drum-n-bass serait une affaire de visages
pâles… D'un côté, une version
speed et high-tech des sound systems reggae-dub. De l'autre, une
déclinaison plus complexe et plus disloquée de
l'electronica. En germe, ce n'est pas complètement
faux… Surtout lorsque l'on regarde de près les
artistes fondateurs de ce mouvement : Goldie, Roni Size, 4 Hero, A Guy
Called Gerald, Shy FX…
1994 s'avère être une
année-charnière. Le genre commence à
être vraiment identifié. Les premières
soirées et disques clairement estampillés
"jungle" voient le jour. Le "cousinage" avec la scène
reggae-dub s'intensifie, notamment par la présence
quasi-systématique d'un MC et de samples piochés
dans les classiques. Quelques dub-masters se prêtent
même à cet exercice de style (cf. Mad Professor avec Mazurani, The
jungle dub experience).
Par la suite, même si la drum-n-bass dark ou
soulful est devenue prépondérante,
l'essence "ragga" de la jungle a perduré. Notamment avec des
gens comme DJ Soul Singer, Ray Keith et ses productions
siglées Dread Recordings, des pionniers comme Rebel MC ou
Congo Natty et son label éponyme, Cut & Run,
Dilinja, etc. Sans oublier Mist:ical ( = Calibre + St Cal + Marcus
Intalex), Madcap et Tayo (cf. Beatz & Bobz vol. 3) par exemple.
Plus de dix ans après sa naissance, la jungle reste un
courant majeur.
Laurent Diouf
/ wtm 2008 (v.1 écrit pour Fluctuat.net en 2007, mise en ligne
en ??? )
Laurent Diouf @ WTM-Paris