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JOHAN SKUGGE
jeu d'ombre

Au tout début de cette année, Volume, le dernier album en date de Johan Skugge atterrissait sur nos platines. Un opus minimal-techno, chargé de sonorités dubby et mélodiques, parsemé de clicks & cuts. Un disque publié sur Mitek, le label de Mikael Stavöstrand avec qui il a récemment sorti un split-album dans le même ton sur Onitor, Humla. Proche de Jay-Jay Johanson, son compatriote avec qui il tourne également sur scène (prochaines dates en France, les 21, 22 et 23 novembre), cet artiste-phare finit la saison avec la publication de quelques maxis elektro-synthétique et groovy.

Parmi ces nouveautés, on signalera le très clubby Shadowplay sur DSP Recordings. Un 3-titres calibré dancefloor qui atteste que, malgré des débuts "rock-n-roll", Johan Skugge a toujours eu en ligne de mire la volonté de faire d'une musique festive : j'ai fait partie de groupe de rock pendant dix ans avant de signer mes propres compositions en electronic-music. Mais j'ai toujours fait de la musique répétitive, même lorsque j'étais au sein de ces groupes rock. Désormais, je suis uniquement concentré sur des choses clubby (clubmusic) mais avec une distance, de manière décalée. Autant que possible, j'essaie de faire en sorte que cela soit assez singulier, voire bizarre, tout en restant jouable pour un DJ-set.

Une tonalité, une démarche qui était sans doute un peu plus appuyé sur son premier album, Objects And Buildings, masterisé par Andreas Tilliander pour le compte de Source Records en 2002. Ce CD rassemble mes premiers tracks. Et c'est effectivement plus expérimental. Ce n'était pas encore tout à fait ça. Le tracklisting est découpé en deux, il y a 5 titres assez abstraits et 5 autres nettement orienté 4/4. Mais j'en suis encore content et ce n'était pas mal de commencer en publiant un album sur Source. Plateforme dirigée, faut-il le rappeler, par les vétérans David Moufang et Move D.

Il s'en suivra Volume, opus minimal-groove et tech-house. Volume est vraiment un album "dance". J'ai travaillé dessus très sérieusement pour faire un disque cohérent et pas seulement un simple alignement de morceaux. Je suis toujours très satisfait du résultat. C'est avec cet album que j'ai trouvé, affirmé mon style. Un style qui intègre une forte composante dub. Pour moi le dub est plus une attitude que des effets (écho et réverbe). C'est une manière de faire et de ressentir la musique.

Puis viendra Humla, un opus qui scelle définitivement sa collaboration avec Mikael Stavöstrand. C'est un ami. Nos styles respectifs se complètent bien et c'est aussi pour cela que nous faisons de la musique ensemble — Skugge/Stavöstrand — et aussi sous le nom de Bulgur Brothers. Un projet avec en plus Andreas Tillander, uniquement en live à ce jour, mais un maxi doit paraître très prochainement chez Karat, label affilié à Katapulkt (feat. Ark, Krikor, Chloé, etc.).

Avec Mitek et son complice Stavöstrand, Johan Skugge symbolise la scène électronique suédoise. Mitek est un label destiné à nos amis, sur lequel il n'y a que des artistes scandinaves. Mais en qui concerne la scène électronique suédoise, s'il y a beaucoup de grands producteurs, en revanche, le circuit club est inexistant. Nous devons tous aller dans d'autres pays pour jouer. Cela dit, les choses commencent juste à se mettre en place ici, et cela devrait changer, mais c'est lent. La Suède est un petit pays et le rock est toujours dominant ici…

Johan Skugge est donc régulièrement sollicité pour se produire, live & direct. Il sillonne l'Europe au gré des invitations. Avant tout, je joue pour le plaisir. Sans chercher à reproduire mes compositions studio mais plutôt en privilégiant l'improvisation. Je considère ça comme un DJ-set mais à partir de loops et non pas de disques. À l'opposé, du moins musicalement, Johan Skugge est en train de développer un side-project nommé Harlem et une structure confidentielle, Gramme, pour héberger ce versant electro-pop et très vocal de son travail qui trouve pour le moment sa place sur Service.

C'est peut-être aussi pour toucher un plus grand nombre de gens que Johan Skugge a conçu Skyddsnisch EP pour le fameux net-label Thinner. Quatre titres minimal-dub en libre téléchargement. À cela s'ajoute "Ostermalm dub" un morceau sur la compil I like To Listen! sur la même plateforme et "Artic" un autre MP3 sur Sinergy Networks. Je dois dire que je ne suis pas vraiment un internaute. Ça m'ennuie même… Mais c'est super de pouvoir découvrir de la musique de cette façon. Malgré tout, lorsque je trouve quelque chose qui m'intéresse vraiment, je ne peux pas m'empêcher de le vouloir aussi en vinyle. Mais nous sommes peut-être la dernière génération à penser cela… ;-)

Laurent Diouf
Article publié dans Coda, déc. 05 - janv. 06

Site: www.johanskugge.com
Playlist:
1. Soundhack - Soundhack 1 (Soundhack)
2. The Knife - Pass this on (Dahlback & Dahlback remix) (Rabid Records)
3. Abe Duque - So underground it hurts (Abe Duque Recordings)
4. Johan Skugge -  Shadowplay (DSP Records)
5. Trentemoller - Polar shift (Playhouse)
6. Konrad Black - Draconia (Band Wagon Repair)
7. Harlem - Listen up (Tomas Andersson remix) (Service)
8. Tomas Andersson - Hot date (Bpitch)
9. Mathew Johnsson - Marionette (Band Wagon Repair)
10. Bulgur Brothers - Jaffa (Karat)





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