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I.D.E.A.L. 2005
retour sur un festival dédié à toutes les libertés
artistiques
C'était au début du mois d'avril,
nous revenions sur les lieux du crime; à savoir Le Lieu Unique
à Nantes qui proposait une nouvelle édition du festival I.D.E.A.L. Un rendez-vous dont l'acronyme signifiait, cette année,
Is Dedicated to Everyone's Artistical Liberty.
Un peu plus ramassé que par le passé, l'affiche se structurait autour d'une thématique : celle des micro-états gérés par collectifs qui essaient de créer des "zones autonomes" à des fins artistico-politiques K.R.EV. (the Kingdoms of Elgaland & Vargaland), SOS (State Of Sabotage) et le très controversé NSK(Neue Slowenische Kunst derrière lequel on trouve Laibach) ou médiatiques (Groland dont le président himself paradait sous une pluie de confettis, histoire de fêter dignement la décapitation du Vatican et de Monaco )
Pour l'occasion, La Cour l'espace principal couvert d'une verrière était jalonnée de baraques faisant office d'ambassades temporaires pour ces nations auto-proclamées. Autres éléments du décor : deux voitures enchevêtrées telle une sculpture d'Armand qui servaient d'écrin à des moniteurs annonçant le programme.
À cela s'ajoutait un écran sur lequel étaient projetées des images de rodéos tandis que le sous-sol de cette ancienne biscuiterie reconvertie en Scène Nationale était transformé en salle de ping-pong. Le public était invité à faire des tournantes (de tennis de table, s'entend) alors que des DJs assuraient des sets résolument country (j'vous assure, j'ai rien pris !). Des installations conçues par Remco Schuurbiers(@ Club Transmediale) et Bijan Dawalu.
Résident attitré du Lieu Unique et animateur d'une émission radio éponyme sur Jet FM, Phonème était en charge, as usual, de l'habillage sonore du bar; télescopant les genres et les styles. Ballades impromptues, ambiances cinématographiques, poésies sonores et trébuchantes, classiques aérodynamiques, introspections jazzy : le cahier des charges a été respecté et Frédéric Sourice n'a pas failli à son excellente réputation de mélomane éclectique.
La programmation musicale était, elle aussi,
très variée. Indus, techno, rock, electro-acoustique, expérimental,
elektro
Bien que l'on puisse comprendre les puristes qui regrettent
une telle dispersion, force est de reconnaître que cette diversité
fait tout l'intérêt de ce festival vraiment unique.
Tout a commencé avec les volutes aériennes (piano / nappes / violon) de Charlemagne Palestine et Tony Conrad (compagnon de route de Terry Riley, La Monte Young et John Cage). Il était question que ce live fasse l'objet d'un enregistrement pour Sub Rosa Ensuite, nous avons vu arriver sur scène des pénitents (sans turlututu mais avec chapeaux pointus) qui se sont livrés à une ablution purificatrice sur le chanteur afin qu'il puisse psalmodier sur fond d'orgues de barbarie et machines Une mise en scène pour mettre en valeur l'hymne de S.O.S. Anthem alias Robert Jelinek et le groupe Métalycée (aka Thilges3).
Dans le genre théâtral, Peter Mlakara fait très fort. Représentant la division philosophique du NSK, on s'attendait à un discours crypto-facho Et bien, non, on a eu droit à une performance érotico-poétique. Un speech imbuvable sur l'art et la manière de torturer un cerveau. Mais ce sont les délicatesses qu'il inflige à son assistante, nue sur une table de gynéco, à l'aide d'une perceuse surmontée d'un godemiché, qui ont le plus perturbées l'assistance. Une partie du public poussant des cris d'orfraie, l'autre restant pantois, l'oeil vitreux et la bave aux lèvres
Après cela, inutile de dire que les pitreries elektro-kitch de Mignon, qui remplaçait au pied levé Dead Combo, tombèrent à plat ! Mais cette première soirée s'est terminée par l'époustouflante prestation de My Robot Friend. Il faut absolument voir cet énergumène sur scène, revêtu d'une combinaison constellée de diodes qui brillent comme des lucioles et armé d'une petite caméra qu'il agite dans tous les sens. Un grand moment d'electro-clash ponctué d'une intervention de Bingo Gazongo (dégaine, âge et voix à la Burroughs).
La 2ème soirée a débuté sur des sonorités similaires à la première avec le fameux Balanescu Quartet qui n'a pas manqué de reprendre "The model" de Kraftwerk dans des envolées de cordes. Puis ça s'est poursuivi avec le road-movie de The Dead Sexy Inc. qui mêlent, live & direct, rock, electro et documentaire-interviews d'Américains pas ordinaires (John Giorno, Thurston Moore, Larry Tee ou Dantec, cherchez l'erreur ). On attend avec impatience la sortie de leur DVD.
Très conceptuel, electronic-noise et forcément
laptop, le KREV faisait intervenir
Leif Elggren (FireWork), CM von Hausswolff, John Duncan, Edvard Graham Lewis ! L'aspect fantomatique de leur musique fut ensuite
dissipé par Einstürzende Neubauten, figure emblématique de l'indus, toujours en
activité 25 après leurs débuts. Un concert très
attendu mais un peu court et, malgré l'emploi prévisible de
plaques de tôles, pierres, ponceuses et autres objets contondants, assez
rock finalement; ne serait-ce que dans l'attitude du bassiste Alexander Hacke,
vieux et fidèle complice de Blixa Bargeld
L'improbable Reverend
Beat-Man, unique porte-drapeau du gospel-trash
(!), a pris le relais, puis Christopher Just (Gigolo Records, Global Matador) a conclu ce festival
par un DJ-set bigarré mais dancefloor. Voilà pour l'essentiel.
Laurent Diouf
Article publié
dans MCD #30, juillet-août 2005
site: www.lelieuunique.com
Photos: © Karim Gabou + Y. di Folco