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IAN BODDY
portrait d'un pourvoyeur d'ambient-electronica

Le nouvel album de Ian Boddy, Chiasmata, est une symphonie ambient-electronic, à la fois atmosphérique et groovy. Un tapis de nappes aux habillages softs, sans effets de surcharge. Juste un peu de réverbe, par-ci par-là, et quelques samples en complément d'une petite frise au clavier. Ces textures intrigantes finissent parfois par acquérir des rondeurs sous l'impulsion de breakbeats qui surgissent après de longues minutes de suspense.

À cet énoncé, on pourrait croire que ce canevas est le fruit d'une longue élaboration en studio. Il n'en est rien, c'est un live ! C'est effectivement un album qui a été enregistré durant un concert que j'ai donné au planétarium du National Space Centre de Leicester en Novembre 2003. À l'origine, je voulais le ré-enregistrer en studio mais finalement j'étais satisfait de cette performance, semi-improvée, et je l'ai gardé telle quelle. Je n'aurais de toute façon pas été capable de reproduire, de recapturer, l'émotion du concert. En ce moment, lors de mes performances, j'utilise un portable avec Ableton Live et de longues boucles que j'ai préparé en studio. Bien sûr, le travail en studio permet d'être plus précis et analytique. Mais ce que je fais en live me permet aussi de tester et de voir ce que je pourrais développer par la suite en studio, justement.

Cette pratique s'explique par le fait que Ian Boddy — figure discrète de l'ambient-electronic qui travaille aussi, le plus souvent anonymement, en tant qu'illustrateur sonore pour DeWolfe Music Ltd (banque de sons et de musiques pour la télé et le cinéma) et Zero-G (bibliothèques de samples à usage professionnel) — est présent dans ce domaine depuis plus de deux décennies : j'ai commencé en 1979, alors que j'étais encore étudiant en biochimie à l'université de Newcastle. Bien entendu, à l'époque, j'étais proche de ce que faisaient Tangerine Dream, Schulze, Ashra Temple, Jarre, Vangelis…Mais au fil des années, ma musique a évolué. Après une longue période de mélodies synthétiques, jusqu'au début des années 90s, je suis passé à des choses plus abstraites, ambient. Je pense d'ailleurs que la principale préoccupation des musiciens "ambient" concerne le son, en tant qu'entité à part entière. La musique peut être conçu et perçu par rapport à 2 de ses trois principaux ingrédients, la mélodie et la rythmique, en négligeant le troisième, le timbre ou la texture… Et c'est cela qui caractérise le style ambient, une plus grande attention à la sonorité, à la tonalité, plutôt que de focaliser sur la structure formelle d'un morceau. Et je crois que cela a toujours été un de mes atouts que de pouvoir créer des textures de sonores particulières.

Son label DiN, dont la devise est purveyors of fine contemporay electronica, reflète bien cette démarche. Le catalogue de cette petite structure offre, au travers d'une quinzaine de références — dont de nombreuses collaborations (Dub Atomica, etc.) — presque toutes les nuances de l'ambient-electronic actuel. J'ai créé DiN en 1999, justement pour présenter ce que je faisais en ambient dans un style plus "moderne", plus electronica. Et cela m'a aussi permis de faire des rencontres fructueuses avec des musiciens aussi différents que Robert Rich et Markus Reuter (guitariste) ou bien Chris Carter (Throbbing Gristle) que je connais depuis longtemps. On s'est souvent croisé dans des salons d'équipements musicaux et dans des festivals electronica en Angleterre où Chris & Cosey étaient à l'affiche. Bref, lorsque j'ai monté le label, je lui ai demandé s'il était partant pour une collaboration. Et il était d'accord ! C'est peut-être l'album le plus sombre de DiN. Et cela m'a permis aussi de manipuler radicalement la voix de Cosey, en la traitant en tant que source. Parmi mes autres collaborations, il y a aussi Arc, avec Mark Shreeve, où nous utilisons délibérément de vieilles machines analogiques afin de recréer la touche des pionniers allemands, que nous aimons tous les deux, mais avec l'esprit actuel de DiN. Cela dit, et c'est important, le label est aussi une plateforme pour des projets où je ne suis pas impliqué mais que j'ai choisi de produire, comme Surface 10, dbkaos, Protogonos, Centrozoon et Subsonic Experience.

Laurent Diouf
Article publié dans MCD #19-20, juillet-août 2004

site: www.DiN.org.uk
playlist:
Arvo Pärt, Fratres
Biosphere, Cirque
Bjork, Vespertine
Cliff Martinez, Solaris (soundtrack)
Klaus Schulze, Mirage
Peter Namlook & Klaus Schulze, Dark Side of the Moog IX
Philip Glass, Violin Concerto
Robert Rich, Humidity
Sigur Rós, ()
Tangerine Dream, Rubycon





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