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HOLGER FLINSCH
narcotic sunrise

L'univers de la techno minimale offre plus de nuances qu'on ne le croit… De la sécheresse rythmique des uns à l'évanescence atmosphérique des autres, il existe toute une gamme de grooves chaleureux, de variations dubisantes. Une voie médiane choisie par Holger Flinsch, adepte d'une techno ronde et mélodieuse propice à une écoute prolongée ou à une trance expiatoire sur un dancefloor…

Représentatif de la scène techno allemande, Holger Flinsch est sous la double influence du dub électronique et du space-ambient. Des empreintes qui marquent ses réalisations. Notamment Organon sur RealAudio (une longue et étrange envolée electronica), Collapsing New People sur Punkt Music (une collection de titres deep et hypnotiques) et Regayov (un disque aux contours ambient-groove). Autant de facettes qui donnent du caractère à ses albums. Le dernier en date, Hidden, vient d'être publié par Rotary Cocktail. Un disque dont les heureux possesseurs bénéficieront d'un code pour télécharger gratuitement un 12e track d'une vingtaine de minutes ("The hidden song"). Un mix intitulé "The source of Hidden" étant par ailleurs disponible en streaming. De plus, ce nouvel album a fait l'objet d'un appel d'offre, clôturé le 31 décembre, pour des remixes. Le meilleur sera publié sur vinyl. Les 10 autres seront mis en ligne. Résultat des courses dans quelques semaines. En attendant, Holger Flinsch nous retrace son parcours.


Background. Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été fasciné par la musique. À 6 ans, mon père m'a montré les accords de base sur une guitare classique puis j'ai appris sur une guitare électrique. J'ai joué aussi de la batterie et des claviers mais, désormais, mon instrument favori c'est mon ordinateur car il en contient des millions… Le musicien qui m'a le plus influencé, c'est Mike Oldfield. C'est un multi-instrumentiste — il joue aussi très bien de la guitare — et il a développé son propre style depuis Tubular Bell paru en 1973; Ommadawn étant mon favori. Mais sa musique a perdu de son âme et cela me chagrine un peu…

Influences. Sur mon dernier album, Hidden, j'utilise des textures de guitare dans ce ton là que je mixe avec des sonorités actuelles. Et cela fonctionne réellement. En fait, j'apprécie toute la musique planante des années 70, comme Tangerine Dream, jusqu'au début des années 80s. Oxygene de Jean-Michel Jarre fut la première musique "space" qui a résonné à mes oreilles et ce son étincelant me fait flasher encore aujourd'hui. Mais j'écoute aussi de la musique folklorique Irlandaise et Péruvienne.

Phase 1. J'ai découvert la scène électronique au milieu des années 90s. Je vivais alors près de Frankfort et la ville était sous la domination musicale de Sven Väth. Harthouse était mon label préféré et, à cette époque, j'écoutais et j'enregistrais souvent l'émission Club Night sur la radio locale HR 3. J'aime la musique instrumentale et la techno est une musique instrumentale par excellence. En 1994, j'avais un studio analogique complet avec beaucoup de matériel. Je produisais alors une sorte d'ambient folk, juste par plaisir personnel. Mais un an plus tard, tout le studio a brûlé et j'ai dû repartir de zéro. Une dure épreuve, mais je n'ai pas baissé les bras : quelques années après, le studio fut de nouveau opérationnel. C'est là que j'ai commencé à m'orienter vers la musique électronique.

Inserts. Mon style c'est la techno-house et minimale mais, comme je le disais, je compose également de l'ambient. Pour moi, la musique ne devrait pas être uniquement produite pour les dancefloors. Sur mes productions groovy, j'aime avoir la chaleur du son de percussions que je mixe, parfois, avec des rythmiques digitales. J'aime le contraste entre les deux. Je travaille aussi avec des voix, mais plus en arrière-plan. Je les fragmente et leur donne une nouvelle signification. C'est ce que j'ai fait sur Hidden avec le morceau "Treelake". C'est le premier album où j'ai autant de cuts et fragments vocaux mais cela reste une exception, en majorité, je compose des instrumentaux deep & soul.

Click & Dub. J'aime bien les réalisations click-n-dub et minimales. Auparavant, j'écoutais souvent les productions minimales techno de Cologne, en particulier celles de Kompakt. Cette scène grossit de jour en jour. En ce moment, ce sont notamment les productions de l'ex-Allemagne de l'Est qui sont très intéressantes. Et cela m'inspire beaucoup lorsque j'en écoute. Mes morceaux comportent plusieurs éléments de ce genre. J'aime beaucoup ces clicks et le bruit de ces rythmiques, mais je les incorpore avec des sonorités plus soft, "moody".

Dub. On le sait, le dub est dérivé du reggae, mais la mouvance minimal-techno en a forgé un nouveau style. Basic Channel ont été parmi les premiers explorateurs du dub électronique et c'est une de mes influences majeures. On peut toujours prendre une rythmique 4x4 sur laquelle on rajoute un filtre et une grosse ligne de basse bien dubby : cela fonctionnera à coup sûr. Pour ma part, je préfère mettre l'accent sur les effets. Cela rend l'ensemble beaucoup plus intéressant. De plus, j'ai l'habitude de composer en écoutant au casque, ce qui me permet d'être plus précis dans la répartition des sons et des effets. Ensuite, lors du mastering en studio, je réécoute à plein volume.

Collapsus. Mon deuxième album, Collapsing New People, marque ma collaboration avec le label allemand Punkt Musik. Il contient justement "Brown Sugar", le premier morceau avec des cuts de vocaux que j'ai faits. Et aussi "Lollypop", sans doute le titre plus happy que j'ai composé. Je voulais différentes teintes sur cet album. "Spread Your Wings" est un de mes titres préférés. Très deep avec beaucoup d'effets. Laurent Garnier a dit avoir aimé ce disque et j'en ai été très flatté. C'est la dernière production que j'ai faite avec mon vieil Atari ST car un peu après il a crashé pour de bon.

Six-Thirty-two. C'est sur cette machine, avec un clavier et un sampler, que j'avais écrit mon 1er album, Der Zehnte Juli, publié en 2001 sur Choke. C'est une esquisse de mon orientation musicale actuelle : des textures plutôt "moody" et des effets mais dans un esprit dancefloor. Deep et positif. Auparavant, en 1999, j'avais envoyé une démo à ce label qui était basé à côté de chez moi, à seulement une demi-heure en voiture. Donc, on s'est rencontré souvent; surtout Carsten Fietz (aka Submeditation) avec qui je suis devenu ami. C'est ainsi que j'ai sorti mon tout premier EP, Heimat, sur Eruptive, sous-division de Choke, qui a eu un bon succès critique.

Nuit étoilée. Après deux LPs orientés dance, j'ai réalisé Regayov sur Mikrolux en 2003. Un disque assez atmosphérique avec des downbeats, une superposition de nappes, de textures (layers) et pas mal d'effets. Je dirais que c'est un album intemporel qui montre ma conception de l'ambient. J'aime bien composer la nuit jusqu'au petit matin. C'est le meilleur moment, en termes d'inspiration. Regayov a entièrement été composé de nuit et je pense que vous pouvez l'entendre. C'est un album nocturne et personnel dont je suis très satisfait.

Sous-titrage. Pour certains de mes morceaux, j'ai choisi le nom d'endroits en guise de titres; par exemple "Bad Reichenhall" ou "Grasberg" sur mon premier LP. Lorsque je cherche un titre en allemand, je choisis souvent deux mots pour en former un seul : tel "Hexenlaub" sur Rotary Cocktail Vol. 2 qui signifie en anglais "witchleave" [littéralement "feuille de sorcière"]. J'aime bien créer des néologismes. Mais ce n'est pas toujours le cas. Ainsi, les titres de l'album Collapsing New People — [clin d'oeil explicite à Fad Gadget] — proviennent aussi de groupes pop-rock des années 70/80s. Regayov est, par contre, composé de noms inversés car j'ai utilisé beaucoup de reverse sur ce disque. Enfin, sur mon nouvel album, Hidden, j'ai alterné pour la première fois des titres en anglais et en allemand.

Live & direct. J'ai fait ma première performance en mai 2002 à l'Ostgut Club, à Berlin, et c'était une expérience très excitante. Je me produis seulement avec mon laptop : je n'ai pas besoin de beaucoup d'instruments pour faire de la musique qui plaise au public. Mais comme je suis quelqu'un d'introverti, je prépare à l'avance une structure, une base d'une heure à partir de laquelle j'improvise et que je module avec des filtres et des effets. Je ne suis pas un DJ mais j'aime bien voir le public danser sur ma musique. Dans le futur, je voudrais monter un vrai groupe de scène où je pourrais jouer de la guitare, couplée à des effets très "space", sur une trame purement électronique, au niveau des autres instruments et des sons.

En cours. J'ai fondé mon label Basalt en 2001 sur lequel j'ai réalisé la trilogie Mutabak [trois EPs intitulés respectivement Mutabak, The Escape From Mutabak et The Return To Mutabak]. Des morceaux minimal-techno très différents que j'ai produits par et pour moi-même : j'aime bien faire des expérimentations musicales et ça, je peux le faire sur Basalt. Pour le moment, le label est en sommeil mais je vais le relancer au début cette année. Dans la file section du site, dont la conception artistique est signée par Martin Müller de Rotary Cocktail, je propose chaque jour une boucle de percu en libre téléchargement que chacun peut utiliser pour ses compositions.

Net-labels. J'ai réalisé deux maxis virtuels sur Thinner, Discovery et The Watcher & The Tower pour lequel je suis particulièrement satisfait du morceau ambient et dubby, "Navigator". J'ai simplement envoyé une démo à Sebastien [i.e. Sebastian Redenz, le label-manager de Thinner]. Thinner est la structure adéquate car la musique qu'il propose est très proche de la mienne. En 2004, mon 4e album Organon est paru sur le net-label suisse RealAudio. Les ambiances rappellent un peu Regayov mais en plus minimaliste, compressé. Je pense qu'un musicien est plus libre sur un net-label. Il y a plus de place pour l'expérimentation et des artistes inconnus peuvent bénéficier d'une large plateforme pour montrer leurs productions au monde entier. J'ai aussi remixé Digitalis et Sellfish, deux de mes "net-musiciens" favoris.

Laurent Diouf
Article publié dans MCD #32, janv.- fév. 2006

Site: www.basaltrecording.de
Playlist:
01 Astral Pilot, The Day After (Hardhouse)
02 Cybordelics, Adventures of Dana (Hardhouse)
03 Khan & Walker, Empire State (Harvest)
04 Boards of Canada, Amo Bishop Roden (Warp)
05 Jürgen Paape, Ballroom Blitz (Kompakt)
06 Audiomat, Claire (3 D)
07 Laurent Garnier, Crispy Bacon (F-Com)
08 Wassermann, W.I.R. (Kompakt)
09 Carsten Fietz, Napalm (Choke)
10 Metaboman, Easy Women remix (Musik Krause)





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