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HÅKAN LIDBO
la musique avant tout

Håkan Lidbo incarne presque à lui seul la scène électronique scandinave. Il est surtout mondialement connu pour être un des producteur les plus prolifiques. Surtout en termes de maxis : à ce jour plus de 170 disques à son actif ! Et presque autant de labels (April, Poker Flat, Force Tracks, Lasergun, Shitkatapult…). Mais ce chiffre ne doit pas nous aveugler. Håkan Lidbo n'est pas du genre à dévider sans relâche la même équation musicale. Bien au contraire, apôtre de la mixité, il explore une variété de styles, parfois contradictoires, à la recherche d'un Graal discographique qui bouleverserait le monde musical. Minimal-techno, electro-dub, expérimental, synth-pop, abstract-groove, deep-house… Dans sa quête d'absolu, Håkan Lidbo place là barre très haut et va, un peu à la manière de Perec, jusqu'à s'imposer des contraintes pour le plaisir de mettre à l'épreuve ses talents de compositeur. Pour filer la métaphore, on pourrait qualifier sa structure, Container, d'OuMuPo (Ouvroir de Musique Potentielle) tant sa ligne éditoriale est sans concession; privilégiant la créativité musicale avant tout autre considération. Au fronton de son site, une phrase résume sa philosophie: music is devided into two major categories : music for those who care and music for those who don't. Explication.

Quelques mots sur tes influences, pour commencer.
Tout d'abord, je ne suis pas DJ. Mon background est plutôt celui d'un musicien et d'un producteur. Je suis capable de jouer du piano et de sortir des sons de quelques autres instruments. Et j'ai construit mon studio à l'ancienne, avec des "vraies" machines. Bien sûr, je travaille principalement dans un environnement digital mais je mixe mes productions sur une table de mixage et j'utilise toujours des synthés et des racks d'effets. Cela dit, mes références vont de l'electronica à Stravinski, des Daft Punk aux Sex Pistols, de Matthew Herbert à Marcus Valle, d'Autechre à Burt Bacharach, de Pan Sonic à John Berry, de Björk à Miles Davis…

Pour quelles raisons produis-tu autant de disques différents ?
Je le fais pour tester mes capacités, pour trouver de nouveaux outils et inventer des choses, pour me surprendre et surtout pour apprendre. Même si j'ai réalisé plus de 170 disques (!), je continue d'apprendre. Chaque morceau est un enseignement, en particulier lorsque c'est dans un domaine que l'on n'a pas exploré auparavant. Cela enrichit mon vocabulaire musical. J'ai cette idée extrêmement ambitieuse de composer, un jour, quelque chose qui sonne de manière radicalement différente. Je voudrais faire un disque qui révolutionne la manière dont les gens perçoivent la musique; tout comme certains disques ont totalement changé ma perception musicale et ma vie. Bien sûr, je n'arriverai certainement jamais à cela, mais je veux continuer d'avancer avec cette idée.

Quelles sont les particularités de ton label, Container ?
C'est la seule structure de production qui focalise uniquement sur l'electronic-music innovante en Scandinavie. Nous regroupons des artistes comme Andreas Tillander (Mille Plateaux, Resopal), Sophie Rimheden, Mikael Stavöstrand (Mitek), Tonne (Bip Hop, Klitekture), Johan Fotmaijer, Folie, Tomas Andersson (Bpitch Control), Dibaba, Jeff Bennett (Pokerflat, Raum Musik)… et quelques autres. La ligne éditoriale, c'est la qualité et l'originalité. Je ne me soucie pas de savoir si l'artiste a un nom, si il ou elle a un potentiel de ventes… La seule chose que je regarde, c'est la créativité musicale… Je suis convaincu qu'avec ces critères, j'arriverai à bâtir quelque chose de valeur; pas en termes d'argent mais de musique.

Au sens strict, comment interprètes tu les sonorités minimal-techno / deep-house ?
Ce qui m'intéresse dans la techno minimale, que j'ai déjà pas mal exploré, c'est justement ce dépouillement. Compte tenu de mon background musical chargé, c'est pour moi un exercice passionnant que de retirer tout ce qui est trop parlant dans un morceau de musique pour n'en garder que le squelette. Par contre la deep-house me motive moins depuis quelque temps. J'ai écrit des morceaux qui incorporaient des sonorités jazzy, des sub-basses mélodiques, beaucoup de réverbes et de delays dubby — comme une forme ultime de dance music, moderne, urbaine, technologique et sexy — mais je suis beaucoup plus intéressé par la techno granuleuse et déglinguée…

En parlant de réverbe, un mot sur le dub…
Hummm… je n'ai pas grand-chose à rajouter, par rapport à tout ce qui a déjà été dit, si ce n'est que le dub fonctionne toujours. Le dub est une musique naturelle et authentique. Et lorsque les sonorités dub, très organiques, trippantes et soulful, se combinent avec des rythmiques électroniques c'est une pure merveille. C'est un parfait mélange. Toutes les bonnes musiques sont d'ailleurs en général un mix de musique Noire et Blanche.

À ce propos, tu as enregistré des morceaux pour Worship Recordings…
Oui, j'ai composé spécialement des morceaux pour ce label. J'ai rencontré cette équipe à la Miami Winter Conference et j'ai vraiment été fasciné par la manière dont ils abordaient la musique. Ils sont rastas, mais ils ont un regard vers la techno. Pour moi, ça a été le clash musical ultime et je suis vraiment fier d'avoir réalisé cet EP [Natty Roots dont on retrouve les tracks sur Wor.CD.01, la compil-Cd mixée par Rob Paine, le label-manager de Worship Recordings. NdLD].

Dans un autre genre, que penses-tu du revival des années 80 ?
C'est une bonne chose. Il y a encore des choses à explorer, à apprendre de ces années-là. L'electro n'est peut-être pas un courant musical majeur, mais cela a eu beaucoup d'influences sur la techno… Inversement, l'influence de la pop, du rock et du punk dans la house et l'electro est aussi très intéressant. Mais le principal intérêt de l'electro a été de révéler au combien le son disco-house était très ennuyeux et daté.

Et ton projet Data 80… ?
C'est mon expérience, mon rapport à la pop. J'ai essayé de m'attaquer à différents styles que je n'aime vraiment pas pour mettre en question mon goût pour la musique ! J'ai voulu réinterpréter la pop à ma façon et voir comment elle sonnera dans dix ans. Donc, il y a moins de réminiscences des années 80 que des années 90s. Le propos de ce projet, c'est de montrer comment la pop a vieilli, comment une musique de merde peut être redécouverte et s'avérer brillante, comment ce phénomène s'applique(ra) aussi à la musique d'aujourd'hui…

Est-ce que tu peux nous expliquer aussi les visées du maxi Clockwise qui a fait l'objet de remixes signés par Si Begg, Matthew Dear et Appart ?
Clockwise a été conçu comme un film. L'idée étant de faire un truc pop sans mélodie d'aucune sorte. C'est seulement un homme et une femme qui racontent leur vie ennuyeuse. Et leur histoire est illustrée par des effets sonores. Tout est découpé en petites pièces et posé sur un tempo. Là aussi, je suis fier de ce travail et je continue de penser que c'est une des meilleures réalisations que j'ai faites.

Et Ultrachrome sur le net-label Textone ?
J'ai réalisé cet EP "virtuel" à la demande de Jay Haze et c'est, pour le moment, la seule production que j'ai faite pour un net-label. J'ai quelques tracks dans ce ton-là, mais j'espère encore qu'un jour quelqu'un sortira Ultrachrome — et les autres morceaux — sur vinyl. J'y suis toujours très attaché  : je ne joue que des vinyls lors de mes DJs-sets. Je n'ai pratiquement jamais joué avec des CDS et je n'ai même pas encore essayé Final Scratch… On peut dire ce que l'on veut mais je continue de croire qu'un morceau n'est pas à proprement parler "réalisé" tant qu'il n'est pas sur vinyl. Mais cela dit, ce type de "réalisation" appartient désormais au passé…

Justement, qu'est-ce que tu penses du phénomène MP3 ?
Il ne fait aucun doute que ce malheureux bout de plastique que l'on appelle CD va bientôt disparaître, Dieu merci. Par contre, je crois vraiment que le vinyl existera encore dans 10 ans, mais uniquement comme objet de promo. Et surtout, le téléphone portable va devenir le principal outil pour acheter et écouter de la musique. Imagine un DJ qui viendrait faire un set avec rien d'autre que son portable ! Je pense que ce phénomène MP3 est finalement processus très démocratique : il est aussi simple de télécharger un artiste indépendant que Céline Dion. Il n'y a pas de filtre. On ne fait pas de différence entre une grosse production et une auto-prod. Bien sûr, des artistes ont perdu un peu d'argent dans l'histoire mais on a ainsi de plus en plus de musique au lieu d'avoir seulement une petite collection de 20 / 30 disques, comme c'est le cas pour la plupart des gens. Avec un iPod on peut ainsi avoir jusqu'à 10.000 morceaux. C'est mauvais pour le business mais c'est bon pour la musique.

Laurent Diouf
Article publié dans MCD #30, juillet-août 2005

site: www.container.to
Photos: © Bengt Ahlm + Johanna Hanno

Håkan Lidbo discographie sélective:
- 06/10/60 (Mitek)
- After The End (April)
- Before The Beginning (April)
- Clockwise EP + remixes (Shitkatapult)
- From Stockholm With Love (AKA Ltd)
- Natty Roots (Worship Recordings)
- Sexy Robot (Lasergun)
- Sound Molecules (AKA Ltd)
- Tech Couture (Poker Flat Recordings)
- Ultrachrome (Textone)

playlist:
Nasa, Remebering The Future (Memento Materia)
Fenin, Thrill (Shitkatapult)
Tomas Andersson, Washing Up (Bpitch Control)
Son Of Clay, Two Abstract Paintings (Mitek)
Khonnor, Handwriting (Type Records)
Illektrik, Paranoia (Disko B)
Abide, Beauty (Regular)
Quasimodo Jones, Robots And Rebels (Shitkatapult)
Autechre, Untilted (Warp)
Miles Davis, Decoy (CBS)
Giorgi Ligeti, Atmospheres (Sony)





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