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G-NOX : le ventre de l'architecte

Avec son nouvel album, Ventre, G-Nox nous embarque une fois encore au plus profond d'une aventure cinétique…

Ce digipack d'une noirceur éclatante fluctue alternativement entre ambient-industriel et dark-techno. C'est une ode grésillante, structurée autour de nappes sombres et de rythmiques abrasives. Ces textures instaurent une atmosphère intense qui nous rappelle que Gérôme Nox a derrière lui une longue route. Je n'ai vraiment commencé à écouter de la musique (avant je ne faisais que l'entendre…) à la fin des années 70, en découvrant The Stooges, le Velvet, Suicide et le punk (mais pas Clash). J'ai d'ailleurs été chanteur d'un groupe punk qui a survécu 3 mois (no future !). Très vite, j'ai glissé vers l'univers de Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire, Chrome, etc. En 1982, j'ai fondé le groupe Nox [avec Cécile Babiole et Laurent Perrier aka Zonk't] qui a sévi une décennie.

La fin de cette aventure a changé la donne et marque le début de mes expériences pour des spectacles de danse. Mais comme je me suis mis à travailler seul et j'ai du m'adapter. J'utilise désormais beaucoup de machines. Non seulement c'est pratique, mais en plus j'y ai pris goût, moi qui les exécrais ! Et mon travail actuel se radicalise dans la mesure où je privilégie l'utilisation du son en tant que matière. Une sorte de retour à mes premiers amours, les arts plastiques… D'autre part, je me suis enfin autorisé des collaborations avec des gens différents. En ce moment, je travaille sur un 45t en collaboration avec mon ami Claude Levêque (artiste plasticien) pour le label Optical Sound par exemple. Et j'aimerais bien, d'ailleurs, que l'on me demande des remix. S'approprier le travail des autres pour en faire quelque chose de nouveau est un exercice qui me plait. Par exemple, j'avais commencé un projet avec Fred Bigot (Electronicat), désormais en stand-by pour cause de manque de temps et d'éloignement.

Mais j'ai surtout fait des rencontres dans le milieu de la danse contemporaine. Je m'y suis fait des amis avec lesquels j'ai des choses à partager et cela me permet de retrouver, d'une certaine façon, l'ambiance du travail en groupe. Même si je suis souvent le seul musicien. Et d'une certaine manière, je réalise ce que nous voulions au début de Nox : monter des spectacles autour de plusieurs disciplines artistiques. Enfin, musicalement, j'ai une grande liberté. Je travaille rarement sous le poids de la commande mais réellement en collaboration, avec complicité. Ce qui me conduit, encore une fois, à travailler de plus en plus le son et à faire de moins en moins de musique… J'enregistre tout ce que je produis en live, notamment pour les spectacles de danse. Ce qui me procure un stock de matière brute que je réutilise ensuite dans mes enregistrements. Et ainsi de suite, en boucle… Je ne sépare pas ces activités. Pour moi, tout est imbriqué et complémentaire.Ventre a été conçu de cette manière, avec un fil conducteur que je m'étais fixé pour la création d'un spectacle. Sa couleur devait évoquer, pour moi, les flux corporels, l'univers bouillonnant qui nous habite, l'énergie qu'il développe, etc.

propos recueillis par Laurent Diouf
Article publié dans Coda magazine, avril 2004

G-NOX, Ventre (M-Tronic)
Infos: www.m-tronic.com
photo: Leonore Nuridsany





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