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GAISER : la quatrième dimension

Né il y a 30 ans dans le Michigan, Jon Gaiser s'est initié à la techno à Detroit. Au cœur de la machine puisque c'est avec l'équipe de Plus 8 / M_nus qu'il a fait ses premières armes. Il incarne aujourd'hui, avec d'autres artistes, la deuxième vague de ces musiciens/DJs/producteurs distillant avec fièvre une techno racée sur le fameux label de Richie Hawtin (Plastikman).

Son premier album, Blank Fade, s'inscrit dans la lignée des grandes réalisations du genre. Il en a la profondeur et la noirceur, le groove hypnotique et la structure labyrinthique. Un disque qui prend toute son ampleur grâce au relief que lui donne tout un travail de mix sur les textures, les cliquetis mélodiques, les lignes de basse, les effets, etc. Loin du canevas souvent rigide de la techno minimaliste, sans les pesanteurs des dérives dubby, ni l'abstraction des tentations expérimentales.… En fait, il se tient à égale distance de ces trois pôles, tapis dans une "quatrième dimension". Ainsi, quelques années après avoir signé ses premiers maxis, certains sous le pseudo Fraktion, Gaiser se retrouve sur le devant de la scène en compagnie de son mentor. Il figure aux côtés de Richie Hawtin, avec Magda, Troy Pierce, Marc Houle et Heartthrob, partageant l'affiche de Contakt, la tournée qui célèbre actuellement les 10 ans de M_nus. Ce plateau se renforçant, selon les escales, de la présence de Loco Dice, Tractile, Ambivalent, Barem… Entretien.

Pour commencer, peux-tu nous parler de tes influences musicales et nous raconter comment tu as "découvert" la techno ?
J'ai commencé par des percussions et en jouant avec l'orchestre de mon école. J'ai aussi écouté pas mal de punk-rock, j'ai d'ailleurs été batteur dans quelques groupes durant mon adolescence. Aux États-Unis, la musique électronique n'est pas surexposée et, comme la plupart des Américains, je pensais que la techno n'était qu'une musique commerciale, de club… Mon opinion a changé lorsque, pour la première fois, j'ai vu joué Richie Hawtin. J'étais complètement intrigué, fasciné, par l'énergie de cette musique et la singularité des sons. Alors, j'ai commencé à acheter des boites-à-rythmes, des synthés et des racks d'effets pour construire un studio.

Dans quelles circonstances es-tu rentré en contact M_nus ?
Au milieu des années 90s, mon frère travaillait dans un magasin de disque, à Detroit, qui s'appelait Record Time. Les bureaux de Plus 8 se trouvaient au fond de l'immeuble. J'ai passé beaucoup de temps à écouter des disques à la boutique et, finalement, je suis devenu ami avec eux. Au fil des ans, j'ai donné un coup de main sur des évènements organisés par Plus 8 / M_nus et, occasionnellement, j'ai pu leur montrer mes productions. Et puis, un jour, Rich [Richie Hawtin] a pensé que ça serait une bonne idée de réaliser un maxi sur M_nus.

Concernant Blank Fade, est-ce que c'est plus un "concept-album" qu'un "mix-album"…?
J'ai voulu aborder cet album de manière à ce que l'ensemble prime sur les parties, soit plus fort que les morceaux pris individuellement. J'ai essayé de le concevoir comme quelque chose qui commence à un endroit et finit à un autre, sans que l'on sache comment on y est parvenu. Pour cette raison, la version CD a été conçue de la manière dont j'aborde une performance live. Cela forme un voyage avec des hauts et des bas. Le meilleur moyen, à mon sens, c'était que cela vienne naturellement. Je n'ai donc pas fait de plan, ni forcé les choses à se produire. Je suis simplement aller en studio et j'ai suivi le feeling que j'avais sur le moment.

Quelle est, justement, la différence entre ton travail studio et tes lives ?
Lorsque je prépare un set, je m'efforce d'avoir des éléments pour créer un environnement qui captive directement le dancefloor. Alors qu'en studio, c'est habituellement un travail plus feuilleté, je peux un peu plus prêter d'attention aux détails. Mais quelle que soit la situation, j'aspire à créer des compositions dotées d'un rythme puissant pour le corps, tout en étant parsemé de détails pour esprit.

Quelques mots sur la tournée Contakt Tour avec Richie Hawtin et d'autres artistes du label M_nus…
Contakt est une série d'évènements tout autour du monde où nous jouons tous ensemble, en même temps; au contraire de la situation classique où chaque personne joue seule sur scène, à tour de rôle. Nous avons mis en place un système où les live-acts sont synchro avec les DJs, chacun apportant ses propres éléments à l'ensemble. C'est très amusant de faire une performance dans cette configuration, cela apporte beaucoup de spontanéité.

Après avoir vécu aux États-Unis, tu es installé en Europe, à Berlin : quelles sont les différences qui te marquent le plus par rapport à la scène musicale ?
Comme je le disais, c'est un peu difficile pour la musique électronique aux États-Unis, en termes d'exposition. Toutes les grandes villes ont leur propre scène mais comme elles sont très éloignées, il n'y a pas d'interaction possible comme cela peut se passer en Europe. De plus, comme les villes européennes sont relativement proches les unes des autres, il est possible pour les gens de différents pays, de venir soutenir la musique qu'ils aiment.

Pour finir, comment vois-tu l'avenir de la musique électronique à l'ère de la dématérialisation ?
Par rapport à l'histoire musicale, la musique électronique est extrêmement jeune. En seulement 20 ans, nous avons vu la création de nouveaux genres, et chacun d'eux générer plusieurs sous-courants. L'âge digital et la dématérialisation comporte beaucoup de points positifs et, bien sûr, avec tout ce qu'on peut se permettre, il y a et aura aussi des points négatifs. Je suis juste curieux, comme tout le monde, de voir où cela nous mènera-t-il demain.

Laurent Diouf (article publié dans MCD #49, nov-déc. 2008)

Gaiser, Blank Fade (M_nus)
Infos: www.myspace.com/jongaiser
M_nus: www.m-nus.com





Laurent Diouf @ WTM-Paris