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FREEFORM : exercice de styles

Electronica disloquée, atmosphères downtempo, manipulations expérimentales, "superacoustic junk-funk", techno aux résonances indus et ambient naturaliste : y-a-t-il encore un genre que Simon Pyke aka Freeform n'a pas abordé ? Oui, sans doute, mais cette amplitude force le respect ! À tel point que Bernd Friedmann en personne a choisi de "condenser" les travaux de Freeform pour figurer sur le catalogue de son label, Nonplace.

Pour ce faire, il a sélectionné et remasterisé une bonne douzaine de morceaux plutôt mélodieux mais perclus de broken-beats. Des compositions alambiquées et riches, tant par leurs textures que leurs structures ("Ect", "Foil", "Sceptic optimist"). "Bernd Friedmann m'a contacté pour me proposer de réaliser une rétrospective mixée. J'aime bien sa démarche en général et je lui ai donc laissé carte blanche pour ce projet, aussi bien pour le choix des morceaux que pour leur formatage. Je dois dire que cela m'inquiétait un peu au début mais le résultat final me convient parfaitement. C'est d'ailleurs assez étrange car 90% des morceaux qu'il a retenu sont ceux que j'aurais choisis moi-même et les 10% restant trouvent, dans ce contexte, un autre souffle, une identité nouvelle". L'ensemble de cet opus chaotique est très cohérent, à l'exception d'un ou deux titres. Dont un dub hétéroclite et ethnique, "Lijiang".

Une accentuation qui nous rappelle Audiotourism, son fabuleux carnet de voyage au Vietnam et en Chine publié par Quatermass. Toujours sur fond de breakbeats et d'harmonies biscornues, Simon Pyke mettait alors en scène, à la manière de Justin Bennett, Ultra Red ou Philip Perkins, des ambiances "ethno-acoustiques" et les sonorités d'un quotidien insolite aux oreilles occidentales … Puis dans un deuxième temps, il a dévoilé ses Sources (bribes de conversations, musiques qui s'échappent d'une radio, bruits de la circulation, brouhaha d'un marché…) afin que Jan Jelinek, Tal, Shudo, Mash'ta, Bill Laswell, Atom™,Colongib & Octopus Inc. et Autechre puissent en faire des Réinterprétations. Le tout étant accompagné de superbes visuels signés Liz Scarff. "Ce projet était avant tout une façon agréable d'élargir mes influences et ma banque de sons. Et aussi une très bonne excuse pour sortir de la pénombre de mon studio et aller faire un tour au soleil ! En ce qui concerne les "réinterprétations", j'étais curieux de voir ce que les gens allaient pouvoir faire avec les sons que j'avais collecté à l'autre bout du monde. Le CD de "sources" est en fait un collage extrêmement complexe d'enregistrements effectués durant ce voyage : l'idée étant de compresser deux mois d'excursion audio en 25 minutes"…

C'est autour de ce concept-album que Simon Pyke s'est produit, il y a quelque temps, à Paris, lors d'une performance au Centre Pompidou qui s'est déroulée à l'initiative du collectif Büro. "J'accorde beaucoup d'espace à l'improvisation dans mes sets, que ce soit en termes d'arrangements, de mélodies ou de traitement du son (sound processing). Tout en prenant en compte une certaine marge d'erreur : c'est à la fois très important et passionnant. L'interface physique avec mes machines est aussi une de mes principales préoccupations pour éviter tout problème pendant un live. Celui du Centre Pompidou fût une expérience enrichissante sur le plan de la gestion des visuels en accord la musique ". Simon Pyke était en effet ce jour-là accompagné de Ian Anderson, figure charismatique des Designers Republic pour lesquels il collabore justement en tant que "designer-sonore" depuis l'an 2000.

Que de chemin parcouru depuis ses débuts, en 94. Période où, après avoir dispatché quelques K7 chez le disquaire Ambient Soho, à Londres, il finit par signer un premier album, Elastic Speakers, sur Worm Interface. Ensuite, il écumera les labels qui compte : Sprawl Imprint, Leaf, Skam (un nouvel album, le huitième, est d'ors et déjà annoncé), Warp — le tout premier set de Freeform est donné en marge d'un live d'Autechre, qu'il suivra ensuite durant un mois en première partie d'une tournée en Angleterre et en Irlande — , Law & Auder, Ninja Tune, etc. Et c'est paradoxalement cette hyperactivité qui a poussé Simon Pyke à monter sa propre "pépinière"… " J'ai lancé la structure Freefarm comme une sorte de magazine-audio sur lequel je pouvais sortir des side-projects et diverses expérimentations sans que cela interfère avec ce que je peux réaliser sur d'autres labels. De plus, pour le moment, j'ai décidé de ne vendre ces réalisations que via mon site web ou lors de mes lives; ce qui permet aussi d'avoir un contact direct avec les gens qui achètent ma musique. La première référence, Late Surfaces 1990-2000, est en fait un CD-R limité à 100 exemplaires, principalement parce que je n'ai pas eu le temps de faire plus de copies ! J'ai quelques prévisions de sorties pour cette année et je ne suis pas contre l'idée de produire d'autres artistes dans le futur. Il faut voir comment les choses vont tourner"…

Laurent Diouf
Article publié dans Coda magazine en Septembre 2003

Freeform, Condensed : finest bits from 1995 - 2002 (Nonplace)
site: www.freefarm.co.uk

playlist: 01. John Barry "Midnight Cowboy" (EMI)
02. Miles Davis "Big Fun" (Columbia / Legacy)
03. Polyphonic Spree "The Beginning Stages Of..." (679 Recordings)
04. Kraftwerk "Tour de France" (EMI)
05. Bernt Friedman & Jaki Liebezeit "Secret Rhythms" (Nonplace)
06. Cornelius "Point" (Matador)
07. Can "Ege Bamyasi" (Spoon / Mute )
08. Max Tundra "Mastered by Guy at The Exchange" (Domino / Tigerbeat6)
09. Captain Beefheart & His Magic Band "The Mirror Man Sessions" (Buddah Rec.)
10. Wevie Stonder "Drawing On Other People's Heads" (Skam)
11. Drummers Of The Societe Absolument Guinin "Voodoo Drums" (Soul Jazz)





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