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FOTON
Particules élémentaires

Expérimenter la musique. Non pas simplement jouer de la musique mais jouer avec la musique. En "jouer", si ce n'est la déjouer… Délire sémantique ? Que nenni ! Après Urawa et Ultraphonist, Foton Records lance un nouvel ovni baptisé Object qui nous bombarde d'impulsions presque similaires à la signature sonore laissée par l'énigmatique machinerie pistée par les Sons Of God… Bleeps et pulsations. Allitérations et arythmies. L'electronic-music mise à nu par ses célibataires mêmes…

Créé par Hans De Man et Peter Van Hoesen, respectivement spécialiste en robotique et DJ-musicien féru d'avant-gardisme, Foton est un repère de manipulateurs sonores aguerris. De vieilles connaissances pour certains puisque derrière Urawa se trouvent Olivier Moreau et John Sellekaers (Torsion sur feu Re-Load Ambient, Ambre chez Ant-Zen, etc) tandis qu'Ultraphonist est un projet parallèle à Silk Saw. Cette réunion de famille de ne serait pas complète sans Leigh Hunt (aka Collapse dont on mentionnera la collaboration avec Sonar) et Hybryds qui dispense depuis des lustres de l'indus atmosphérique ou tribale (cf. "Ritual Of The Rave", Daft Rec.).
Mais Foton n'est pas un label au sens strict. Ou du moins, pas seulement. Pour une fois, nous avons affaire à un véritable collectif. Ces productions au minimalisme rigoureux s'inscrivent dans le cadre d'une démarche artistique plus large où l'œil est roi. Bart Bosmans distille des poèmes à voir… Caroline Eggermont bidouille ses photos jusqu'à l'épure. Le groupe Vidéoconférence (composé d'un historien, d'un toubib, d'un photographe et de deux vidéastes) recyclique dans des clips les images de leur dur labeur quotidien (endoscopies pour les uns, repérages pour les autres…). À l'autre bout de la chaîne, Colin O'Brien et Vic Bauwens forgent identité visuelle la bannière sous laquelle tout ce beau monde est rassemblé. Hans et Peter nous en disent plus sur le fonctionnement de cette singulière structure.

Foton est un collectif de musiciens mais aussi de designers, de vidéastes, de poètes, de photographes, etc. Sur quelles bases vous retrouvez vous ?
Nous rassemblons en effet des gens de disciplines et métiers différents. Le but est de créer des "produits" qui soient le résultat cohérent de ces diverses médiations. Il est vraiment très important de voir Foton comme autre chose qu'un simple label, comme quelque chose qui déborde de la sphère musicale. Nous sommes un collectif d'amis et ce collectif s'élargit sans cesse. Nous partageons tous une esthétique un peu décalée mais axée autour d'une "ligne-claire".

À propos de ce genre d'abstractions électroniques, on parle souvent de performances, d'installations, etc. Est-ce que c'est vraiment une porte, ou plutôt une correspondance, vers d'autres moyens d'expression et par là même, une autre façon de "consommer" de la musique ?
Nous avons investi des espaces pour y monter des installations parce que l'on voit cela comme une extension logique de notre musique et de nos activités. Je crois que ça va devenir de plus en plus important pour nous car nous avons eu un très bon feedback. Nous nous impliquons dans deux types d'évènements. D'un côté nous essayons d'organiser des soirées quelques fois par année, ce sont les "label nights". De l'autre côté, nous montons des spectacles (musique + installations) en fonction des lieux où nous sommes invités à jouer. Pendant les "label nights", les musiciens qui font partie de la famille Foton présentent leur "work in progress" et on combine ça avec, entre autres, des projections vidéo. En Mai dernier, nous étions invités par Recyclart à Bruxelles, pour organiser un événement de ce genre. Nous avons présenté trois projets musicaux (Urawa, Object, Ultraphonist), deux projets vidéastes (Vidéoconférence et Submedia) et trois DJs pour la soirée qui suivait les concerts : Vanno, Liquidx et Antz. L'idée – qui a d'ailleurs très bien fonctionné – était de créer une transition entre des manifestations électroniques et une soirée "dansante" avec de la musique un peu différente de ce qu'on entend toujours dans ces cas-là : nu skool breaks, breakbeat, drill'n'bass et breakcore. On fait toujours beaucoup d'effort sur le plan technique, c'est-à-dire le son et la lumière. Nous travaillons avec un système de sub-bass qui permet vraiment de sentir la musique. Pendant les lives, le public étant assis au milieu de la salle, notre musique et les projections vidéos hypnotisent vraiment les spectateurs. En juin, nous étions invités par le Kunstenfestivaldesarts pour organiser un spectacle aux halles de Schaarbeek à Bruxelles. Là, on a pu réaliser une idée qu'on avait déjà en tête depuis un certain temps : employer des carrosseries de voiture comme enceintes. On a accroché quatre carrosseries Ford, toutes neuves, au plafond de la salle et on les a excitées par des vibreurs (des instruments scientifiques normalement employés dans les recherches sur les vibrations structurelles en aéronautique, etc). Au final, les signaux émis par ces appareils devenaient de la musique live jouée par Géographique, Ultraphonist, Thomas Köner [aka Porter Ricks que l'on retrouve aussi dans l'ombre de Maurizio, ndLD] et Object. Le résultat était assez impressionnant, aussi bien sur le plan musical que sur le plan visuel. On aimerait bien répéter cette expérience, si toutefois on trouve des autres lieux appropriés pour un tel montage. S'il y a des propositions… En attendant, on vous donne rendez-vous le 21 octobre à Courtrai, en Belgique : on va construire une installation sonore et visuelle dans le cadre du festival "Happy New Ears" du Limelight.

Cela dit, Internet et le multimédia (CD-Rom, etc) n'offrent-ils pas un meilleur support pour ce genre d'émulation entre musique et art électronique ?
Internet fait partie intégrante de tout ce que nous faisons. On a pas mal d'heures de musique sur notre site en exclusivité; c'est-à-dire pas sortie sur Cd, accessible à tout le monde et complètement gratuit. Notre site web nous permet de distribuer notre musique beaucoup plus vite que lorsque l'on passe par les circuits classiques de distribution. Par exemple, l'album d'Object est décliné avec une série de morceaux additionnels composés avec les mêmes sons que l'album. Ainsi, Release The Object devient plus qu'un CD, c'est un travail en perpétuelle mutation. À terme, on va installer une galerie virtuelle autour d'Ela Stasiuk où chacune de ses peintures sera (re)liée à une composition conçue par Object. Autre exemple, avec notre projet "Osaka" on crée un arbre, un réseau, de remixes en invitant chaque personnes qui visite notre site à faire le remix d'un enregistrement qu'on a fait dans une salle de jeux à Osaka, au Japon (pour plus de détails: http://www.fotonrecords.com/events/osaka). Dès que la technologie sera plus "démocratique", on espère pouvoir sortir du matériel sur DVD car cela dépasse les possibilités d'un simple cd-rom et nous libère de l'écran d'ordinateur.

Après Urawa et Ultraphonist, Object marque justement encore un cap dans le minimalisme sonore dont vous faites preuve. À ce stade, peut-on encore parler de "musique" ?
Bien sûr ! Le minimalisme d'Object n'est qu'une technique, un moyen pour obtenir un résultat musical. Le minimalisme n'est pas un but en soit, c'est juste une méthode. Il ne faut pas s'y arrêter. En ce qui concerne Urawa, on connaissait John et Olivier par un ami commun : Colin, notre designer. Ce sont eux qui nous ont envoyé la première démo que l'on a reçue. Urawa montre très bien les dimensions de musique expérimentale, au niveau du placement des sons et par une composition presque "spatiale". Par contre, Ultraphonist s'oriente plutôt vers l'expérimentation des basses fréquences. Ils en cherchent les limites, essaient de les dépasser. Leurs lives ont d'ailleurs gagné une réputation assez solide. Une partie de notre travail est axée sur la recherche ces frontières sonores et cette approche a aussi de l'importance dans la composition, la colorisation des sons, etc... Nous essayons d'aborder la musique d'une façon "inattendue" et de voir comment on peut capter le public, de mentalement et physiquement. Ce n'est pas seulement de la musique pour les oreilles mais aussi pour tout le corps.

Laurent Diouf
article publié dans Coda magazine en Octobre 2001

P Foton vzw, Troonstraat 187, 1050 Bruxelles, Belgique.
E info@fotonrecords.com
S
www.fotonrecords.com

Foton Records - distinct electronics :
Object - Release the object (fotoncd 003)
Ultraphonist - Discover the antistress with… (fotoncd 002)
Urawa - Villa vertigo (fotoncd 001)





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