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FM3
la longue marche de la Buddha Machine
FM3 est un duo sino-américain formé par
Christiaan Virant et Zhang Jian. Leur musique est assez introspective,
"ambient et rituelle" comme celle de Rapoon par exemple. Des nappes et
des loops, hypnotiques et répétitives,
forgées à partir d'instruments traditionnels
chinois, retravaillés en studio sur ordinateur pour leurs
disques mais seulement amplifiés en concert.
Basé à Pékin, FM3 a acquis une
notoriété internationale avec sa fameuse Buddha
Machine. Une boîte munie d'un haut-parleur qui ressemble
à un petit transistor émettant des boucles
envoûtantes. Un objet en passe de devenir culte. D'autant que
de nombreux musiciens dont Robert Henke alias Monolake,
Adrian Sherwood ou Thomas Fehlmann (The Orb) s'en sont
emparés pour concevoir d'autres univers sonores. On leur
doit aussi des disques réalisés à
partir d'ambiances prises sur le vif (field-recordings). Leur dernier
opus, Hou Guan Yin, étant par contre plus proche de la
musique nouvelle, expérimentale et concrète. Leur
démarche a également séduit Blixa
Bargeld (Einstürzende Neubauten). Une réalisation
commune devrait bientôt sortir. Bilan provisoire avec
Christiaan Virant.
Peux-tu nous expliquer comment as-tu été
amené à t'établir en Chine ?
Je suis allé en Chine dans les années 80 pour
étudier la musique et le chinois. Au départ,
j'étais dans le Sud puis à Hong Kong. Et depuis
plus de dix ans, je me suis établi à
Pékin. En ce qui concerne la musique, j'ai appris le piano
et le violon de manière classique. En 1982, j'ai
commencé à jouer de la guitare au sein de
différents groupes, hardcore et punk
psychédélique. Aux environs de 1983 / 84, un ami
m'a fait découvrir Kraftwerk et je me suis mis à
composer des choses plus expérimentales sur des
magnétos à bandes. Ensuite, j'ai
récupéré un Apple IIe que j'ai
utilisé pour faire de la musique électronique.
Vers 86, je suis devenu un grand amateur de musique sérielle
et répétitive. De drones, aussi. Mais lorsque je
suis arrivé en Chine, je me suis retrouvé
complètement coupé de ce qui se passait en
Occident. Je ne suis sorti de ma bulle qu'à la fin des
années 90 lorsque j'ai monté un groupe punk,
à Pékin, qui a rapidement
évolué vers le post-rock avec des influences
électroniques. Le groupe a fini par se dissoudre et en 1999,
j'ai fondé FM3, pour poursuivre ce chemin plus avant.
Dans quelles circonstances as-tu rencontré Zhang Jian ?
Nous étions tous les deux actifs dans la mouvance
underground de Pékin, durant les années 90. Il
jouait dans presque toutes les productions rock. J'ai eu l'occasion de
le croiser et d'apprécier son style. Je recherchais
quelqu'un avec qui travailler pour démarrer FM3 et il
faisait partie des personnes vers lesquelles mon choix s'est
porté en premier. En fait, je ne l'ai pas
contacté directement : c'est un guitariste que je
connaissais qui a fait le lien. Et FM3 est né ensuite.
A quoi ressemble la scène électronique chinoise ?
Tu m'aurais posé la question en 2004, j'aurais probablement
pu en faire un bon résumé. Mais depuis, le nombre
de musiciens et de formations a doublé, voire
triplé. La noise a beaucoup d'impact, tout comme le hardcore
qui est fortement présent à Pékin.
C'est un pays immense, il y a énormément de
choses qui s'y passent et c'est très difficile d'avoir une
vision d'ensemble.
Parmi vos réalisations, certaines reposent sur l'agencement
de field recordings…
En 2003, Zhang s'est rendu au Tibet et est revenu avec une vingtaine
d'heures d'enregistrement de musiciens des rues. Il me les a
passées et j'en ai sélectionné environ
2 heures. Steve Barker, notre ami du magazine The Wire [et de BBC
Lancashire, ndlr] nous a dit qu'Alan Bishop, du label Sublime
Frequencies, serait probablement intéressé. Je
lui ai envoyé un email et Streets Of Lhasa est sorti environ
un an après ! Durant l'élaboration de cet album,
je lui ai signalé que j'étais allé en
Corée du Nord, en 1994, et que j'avais plusieurs amis qui y
faisaient des séjours réguliers. Il a
commandé un autre disque dans la foulée. J'ai
rassemblé les éléments que j'avais et
sollicité mes amis. Alan Bishop m'a également
fourni du matériel sonore. J'ai passé environ un
an à trier des centaines d'enregistrements d'ambiances, de
sons, de musiques populaires, de captations radio et
télévision. Durant trois mois, lors d'une
résidence d'artiste en Suisse, j'ai pu finaliser le tout
pour sortir Radio Pyongyang.
Comment avez-vous réalisé la fameuse Buddha
Machine ?
La genèse de la Buddha Machine est une longue histoire qui
remonte à plus de dix ans lorsque j'ai découvert
pour la première fois un petit appareil dans un temple
bouddhiste du sud-ouest de la Chine [i.e. un "gadget" religieux qui
émet des chants et prières en boucle. ndlr]. Dans
la mesure où notre musique est très lo-fi
basée sur une constante, la
répétition hypnotique cette petite
"machine chantante" nous convenait parfaitement. J'en ai une dans ma
salle de bain à Pékin depuis 6 ans et tous les
musiciens qui passaient chez moi disaient la même chose : tu
devrais faire un album à partir de cet appareil ! Mais c'est
seulement lorsque nous avons rencontré les gens du label
Staalplaat à Berlin, en 2004, que nous avons
sérieusement mis en œuvre ce projet. Cela nous a
pris à peu près un an pour trouver une usine pour
la fabrication, finaliser les loops et le hardware puis le packaging.
Parmi les neuf boucles contenues dans la machine, deux proviennent du
live que nous avons fait au Louvre, à Paris, en 2004. Ils
sont conçus à partir d'instruments traditionnels
chinois que nous retravaillons sur ordinateur. Par exemple, le premier
s'appelle "Ma" car il est basé sur le Ma-Tou-Qin
[appelé aussi Morin-Khuur, ndlr] ou "violon à
tête de cheval". Le 2e loop fait appel au Gu Zheng, qui est
plus connu en Occident sous le nom de Koto.
De nombreux musiciens les ont repris pour créer des
compositions…
Et nous sommes très honorés qu'un artiste comme
Robert Henke (Monolake) ait choisi de composer un album entier
à partir de la Buddha Machine. Layering Buddha est sorti il
y a quelques mois et l'édition limitée en vinyl
un coffret de cinq 45t est
déjà épuisée. Robert Henke
a passé près d'un an dessus et cela s'entend
vraiment, c'est très riche. Auparavant, pour la compilation
Jukebox Buddha, Zhang et moi avons sollicité 15 de nos
artistes favoris et nous sommes très contents des personnes
impliquées dans ce projet; notamment le dub-master Adrian
Sherwood, Sunno))), Sun City Girls et Thomas Fehlmann de The Orb.
Ces boucles sont désormais disponibles sur votre site, en
"open-source" si l'on peut dire…
En tant qu'artiste, c'est vraiment étonnant de voir ses
créations devenir autonomes, acquérir une vie
propre. Partout dans le monde, des gens utilisent la Buddha Machine. Et
c'est tout simplement cool ! En fait, certaines de ces personnes vont
probablement composer des morceaux meilleurs que ce que nous aurions pu
faire ! Et cela n'a pas du tout nuit aux ventes de la Buddha
Machine… En fait, ça les a certainement
boostées ! Et j'aimerais bien sortir un best of des
meilleurs mixes !
Est-ce que vous avez prévu de sortir d'autres versions de la
Buddha Machine, avec un autre design ou d'autres loops ?
Non, nous n'avons pas d'autres éditions de
prévues. Beaucoup de formations nous demandent de les aider
à concevoir une telle machine. Certaines de ces formations
sont des groupes rock et pop indés très
très connus. Mais je ne suis vraiment pas
intéressé par ça. Avec cette machine,
nous avons posé un principe : il y a d'autres voies pour
proposer et faire circuler, votre musique. Vous n'avez pas toujours
besoin d'un CD ou d'un MP3. Et j'espère que cela inspirera
d'autres formations à prendre le temps de
réfléchir sur les moyens de sortir leur musique
dans d'autres formats.
Quelques mots sur vos performances…
En 2005, nous avons cessé d'utiliser des ordinateurs lors de
nos lives pour jouer avec une cithare et un instrument traditionnel
à corde, le Guqin. Un soir, l'année
dernière, durant les habituels moments d'ennuis entre deux
concerts, nous avons commencé à
délirer avec six Buddha Machines. Comme avec un jeu de
cartes, en entrecroisant les loops. Soudainement, nous avons
réalisé que cela faisait un vrai bon live. Bref,
nous avons opté pour ce "combat de machines" que nous avons
intitulé Buddha Boxing. Et cela a été
un succès. Nous continuons de le faire mais, cette
année, nous avons un nouveau live, Marshall Plan. C'est des
drones hypnotiques, un peu comme la Buddha Machine mais avec guitare,
flûte, melodica, orgue, voix et quelques instruments
traditionnels chinois. Toujours pas d'ordinateurs mais ce sera
joué très très fort !
Quels sont vos meilleurs souvenirs de concerts…
La meilleure sono dont nous ayons
bénéficiée, c'était au
Louvre, à Paris. Incroyablement nette et sensible. Cela
remonte à 2004 et nous jouions alors de la musique
méditative très calme. Nous avons aussi fait
quelques concerts sympas au Recyclart, à Bruxelles. C'est un
endroit situé derrière une gare. Toutes les 10
minutes, un train passe au point de couvrir la musique ! Nous avons
fini par incorporer ce bruit comme composante dans notre
performance… il y a eu aussi un soir à Lisbonne
où le public a continué le jeu du Buddha Boxing pendant 3 heures après notre performance !
En conclusion, quelles seront vos activités dans les mois
à venir ?
En mars nous serons à Paris pour les Qwartz Music Awards, au
Cirque d'Hiver. Puis nous serons en Hongrie, en Allemagne à
Berlin, en Autriche et dans quelques autres pays. Début
avril nous irons en Israël et je suis assez excité
par cette perspective. Nous jouerons aussi au festival Sonar, en
Espagne, avec notre ami Blixa Bargeld d'Einstürzende Neubautenqui fera des vocaux. L'année dernière, nous avons
enregistré un album live avec lui. Une session
improvisée a été mise gratuitement sur
le web. Je suis en train de mixer cet album et on espère
pouvoir le sortir à la fin de l'année sur le
label américain Important Records. A
côté de ça, nous allons continuer de
tourner avec notre live-set Marshall Plan jusqu'à ce que
cela soit vraiment solide et aller ensuite dans un studio analogique
pour enregistrer ça directement sur 2 pistes. Sans overdubs,
ni effets numériques. Juste la force de la musique live.
Nous pensons sortir cela sur vinyl chez Kraak Records, en
Belgique…
Laurent Diouf
(article-interview publié dans MCD #39, mars / avril 2007)
Site: www.fm3.com.cn
Discographie:
Streets Of Lhasa (Sublime Frequencies)
Radio Pyongyang (Sublime Frequencies)
Mort Aux Vaches (Staalplaat)
Hou Guan Yin (Lona Records)
Buddha Machine:
Info: Boomkat
Video: Youtube
Réalisations faites à partir des loops:
Jukebox Buddha, feat. Adrian Sherwood, Thomas Fehlmann, Blixa Bargeld,
Jan Jelinek, etc. (Staubgold)
Robert Henke, Layering Buddha (Imbalance Computer Music)
Laurent Diouf @ WTM-Paris