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FLOATING MIND
la belle évasion

Deep. Minimal. Ambient. Techno. Tels sont les maîtres-mots de Roberto Vitali alias Floating Mind. Présent depuis 1999 avec un "proto-titre" sur la compilation Hosomaki Mix, Roberto Vitali s'est vraiment signalé en 2005, avec son premier album, Deep Visions, publié sur Urgence Disk Records. Un opus dark-ambient / elektro-tek. Il vient de récidiver sur ce ton avec Circular Music. Entre-temps, Roberto Vitali aura publié aussi quelques maxis, désormais librement téléchargeables sur son propre label Monokrak. Une raison de plus pour soumettre cet activiste suisse à la question.


Brain shower
Lorsque l'on présente un artiste, on commence par exposer son parcours et ses influences. Un exercice obligé, que certains trouvent rébarbatif… Ils ont tort. Au-delà des significations évidentes pour initiés, cette litanie de références dessine des lignes fuites, inscrit une démarche dans un contexte plus global, ancre une création sur une échelle temporelle plus large. Interrogé à ce propos, Roberto Vitali cite Biosphere, Plastikman, Brian Eno, Monolake, Chain Reaction… Sa playlist savamment "désordonnée" inclut également Bob Marley remixé par Bill Laswell, Audion (Matthew Dear). Et tant d'autres, poursuit-il, avant de préciser : tout genre de musique qui peut apporter quelque chose. En fait, cela fait plus de dix ans que je suis dans la scène électronique genevoise; comme DJ essentiellement. J'ai également participé à l'organisation de soirées underground. Je suis plutôt issu de la "dance" mais, déçu par le côté commercial de ce circuit, je me suis tourné vers l'électro-ambient et des productions plus expérimentales, moins accessibles


Musik speaking
L'important c'est qu'il y ait toujours une touche deep et répétitive, quelque chose qui te porte… C'est ainsi que Roberto Vitali conçoit la techno, minimale et ambient. Et l'on comprend mieux le "pourquoi" de son pseudo, Floating Mind : en rapport avec ce côté psychédélique et répétitif que je recherche dans toutes musiques. Il faut que cela fasse voyager, flotter mon esprit… De la théorie à la pratique, il n'y a qu'un pas. Ou plutôt qu'un beat… Krak EP avait des caractéristiques dansantes mais était également fait pour une écoute casanière… Deep Visions, par contre, est un album beaucoup plus chill avec, certes, quelques morceaux ayant une rythmique. Mais le but était de faire quelque chose de mental : certaines compositions sont très aériennes, d'autres plus dark, voire avec une touche indus… Circular Music est dans cette lignée, avec des morceaux répétitifs et psychés pour amener l'auditeur dans une espèce d'état de transe; ou en tout cas de méditation. Nous ajouterons qu'il flotte aussi un parfum étrange (cf. "S.P.A.S.S.") sur ce nouvel album "électro-magnétique" effectivement captivant ("Psydela", "Nightmare city", "Searching roots").


Dub your life
Roberto Vitali se partage donc entre Urgence Disklabel underground genevois comptant plus de 50 productions très diverses, passant de l'indus, à l'EBM, de l'expérimental au rock bruitiste, du gothique à l'ambient, etc. — et Monokrak Records, son propre label créé en 2006. Au départ, ses productions estampillées Monokrak étaient pressées en vinyl en tirage limité pour la promotion, faute d'une distribution appropriée… Changement de statut, il y a quelques semaines à peine. Justement à cause de cette situation : ras le bol de courir après les distributeurs qui ne veulent que des trucs qui sont sûrs de marcher. Tu me diras, c'est normal dans l'optique d'un business. Mais justement j'en ai marre de tout ça et le netlabel permet de créer librement et en tout temps de la musique. Plus besoin de payer, de presser et de distribuer un disque : tu produis, tu mets en ligne et basta. No money dans le deal.


Human machine
Cela dit, que se passe-t-il chez nos voisins Suisse ? Réponse de Roberto : je connais plutôt ce qui se fait sur Genève. On peut vraiment pas se plaindre. Mais il y a 2 scènes assez distinctes. D'un côté l'électro-dark et l'indus, programmé surtout à l'Usine, avec des groupes innovateurs et/ou mythiques. De l'autre, la scène techno minimale, hyper riche avec une pléiade de DJ's et producteurs connus aujourd'hui internationalement comme Luciano, Kate Wax, Waterlily, Crowdpleaser. Au début, cela se passait dans les squats, mais aujourd'hui c'est plutôt dans des clubs chaleureux (Piping Club). Et il y a plein de DJ's talentueux qui ont de la peine à jouer car il n'y a pas dix mille endroits cool sur Genève (les autorités ne nous aident pas beaucoup à ce niveau : manque de lieux, limitation stricte des horaires, etc.). Autrement, c'est Zurich qui fait office de capitale électronique de la Suisse (surtout pour la techno minimale). Mais en général ça bouge bien dans les grandes villes (Bâle, Lausanne, Berne).


Inverse-mode
Évidemment, on pourrait penser que Roberto Vitali participe activement à ce mouvement. Erreur. Pas de lives, pour ma part. Je préfère ne rien faire plutôt que de lancer des boucles pré-enregistrées sur mon laptop. Pour moi, ça sert à rien de faire la même chose que sur l'album. Ça devrait quasiment être une impro expérimentale ou alors nada. Côté DJing, pas grand-chose non plus car je ne cherche pas à mixer à tout prix. Souvent, quand on est dans ce créneau, on passe des disques n'importe où et ça ne m'intéresse pas. Je préfère cibler les endroits où je mixe (fêtes sauvages, petits festivals électroniques, etc.). Du coup, tu mixes moins. Je précise aussi que je ne fréquente pas assidûment le milieu électronique. De temps en temps, oui, mais pas tout le temps. J'aime bien avoir du recul et puis il y a la famille maintenant (un enfant de 1 an et demi)…


Laurent Diouf (article-interview publié dans MCD #40, mai / juin 2007)

Floating Mind, Circular Music (Urgence Disk)
Site: www.monokrak.net





Laurent Diouf @ WTM-Paris