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FENIN
la valse du CPU

On en fini pas de découvrir de nouvelles figures appartenant à la fameuse scène allemande minimale, électronique et surtout dubby. Ou du moins, d'en voir émerger d'autres aux côtés de ceux qui ont jalonné ce terrain propice à presque toutes les manipulations sonores. Avec la parution de son album Grounded, Lars Fenin se positionne sur cet échiquier.

Jusqu'à présent, on connaissait Fenin pour quelques tracks disséminés sur des compilations comme Lounge Essenzen 02, Club Transmediale 03, The Cozmick Suckers Volume Black & White où apparaissent de manière récurrente Rechenzentrum, Apparat, Alva Noto, T.Raumschmiere, Thomas Fehlmann, Thomas Brinkmann…

Ces participations s'ajoutent au pressage d'une demi-douzaine de maxis, dont le diptyque Dubnotics sur Hörzu!, Tour EP pour Echochord (avec "CPU-waltz" en face B) et un 6-titres en libre téléchargement sur le net-label Textone, Live & Direct. Une plateforme d'avenir où se bousculent Håkan Lidbo, Mikael Stavöstrand, Theodor Zox, Baier/Box, etc. Pour notre part, c'est en suivant le catalogue de Meteosound que nous avons découvert Fenin. En particulier avec le 12" Driven dont le titre emblématique est repris par Daniel Meteo sur sa sélection Hitek.

En fait, Lars et Daniel se connaissent depuis longtemps pour avoir joué ensemble à Berlin, en tant que DJ et en marge du projet Bus (Daniel Meteo + Tom Thiel). Ils partagent, comme nous le confirme Fenin, un amour prononcé pour le reggae-dub. La mère de tous les remixes et versions instrumentales de la dance-music; pour reprendre ses propres termes. Et le label Meteosound était pour lui l'occasion idéale pour explorer différents styles de dub.

Il faut dire que Fenin est à la base un guitariste et que ses premiers pas dans la musique s'effectuèrent au sein d'un groupe de reggae-dub. Mais auparavant, comme tous les adolescents de sa génération (33 ans au compteur et bientôt papa), il a écouté assidûment Men At Work, Joy Division, Kraftwerk et des choses plus "rock" comme Bad Brains ou Lemondheads…

Ce n'est que lorsqu'il déménage de Hambourg à Berlin, en 1993, qu'il découvre le reggae-dub en allant aux concerts de Burning Spear, Dub Syndicate, Mad Professor… Les techniques de mixage des dub-masters le fascinent et l'emmèneront, progressivement, vers l'electronic-music. Ensuite, il se met à hanter les soirées techno et drum-n-bass qui foisonnent dans les clubs de l'ancien Berlin-Est (Suicide, Toaster, Tresor, Elektro, WMF).

Il passe ensuite de l'autre côté du miroir, en 97, en composant ses premiers morceaux fortement influencés par Studio1, Maurizio, Metalheadz, UR, Robert Hood, etc. Son premier disque est publié en 2000 sur le label Shitkatapult. Il s'agit du maxi Container avec le titre "Terminal dub". Là aussi, une forte connivence réunie Fenin aux lascars de cette structure. Il apprécie leur façon très particulière de produire différents artistes et genres musicaux dans un contexte électronique.

Et puis, ils ont tous pour la plupart un background punk… Nous sommes à Berlin, ne n'oublions pas. Ville où Fenin se sent bien et qui regorge de musique : dub, techno, click, breakbeats et autres… Comme il nous le précise, c'est un phénomène qui n'est pas uniquement "germano-germanique" car ce mouvement se renforce par l'arrivée, depuis quelques années, d'artistes internationaux qui viennent s'établir dans cette mégapole et y insufflent leur spécificité.

Lars fait donc partie de cette famille et pose pour la photo du label : le DVD Shitkatapult 50 - Special Musick For Special People qui réunit tout le posse (Rechenzentrum, Apparat, Anders Ilar, Sami Koivikko, Peter Grummich, etc.) avec vidéo et interview. Le clip de Fenin, None of them, étant réalisé par Soft Cititzen (Jason McFarlane).

Comparés à ses productions sur Meteosound, les EPs qu'il sort sur Shitkatapult sont sur une tonalité plus minimaliste, moins roots. Pourtant, si ses compositions sont largement sous l'influence du "dub numérique", laissant apparaître leur texture dépouillée derrière une profonde ligne de basse et des effets (distorsion, écho, etc.), la présence d'un chanteur sur quelques pistes atteste qu'il conserve des racines plus acoustiques. Le chanteur en question s'appelle Gorbi et leur connexion remonte à l'époque où il jouait encore avec sa formation reggae…

Ce mélange click-n-dub / voix, sur le modèle de Rhythm & Sound + Tikiman ou Bus avec MC Soom-T (cf. Feelin' Dank sur ~Scape), imprègne complètement son album Grounded. Le premier après toutes ces années de services… Une étape très importante et nécessaire pour montrer les différentes nuances de sa musique. Un format irremplaçable pour l'écoute, à l'inverse des maxis qui sont plus que des "one-shot", des collectors ou de la matière première pour DJs…

En parlant de performance, sachez que Fenin joue avec un laptop (textures, mélodies) et des patterns rythmiques via MPC qu'il retravaille, en temps réel, sur une console analogique avec des effets. Un live avec Gorbi est prévu le 28 juillet au Watergate, un club à Berlin, pour la sortie de l'album. Autres projets : une session avec D. Meteo pour un EP et un remix pour Mitek, le label de Mikael Stavöstrand.

Laurent Diouf
Article publié dans Coda, juillet-août 2005

Fenin, Grounded (Shitkatapult)
site: www.fenin.net

playlist intemporelle:
1. The Beatles, Long and winding road
2. Joy Division, She's lost control
3. Depeche Mode, See you
4. Kraftwerk, Its real fun to compute
5. Dub Syndicate, Mafia
6. Adamski, Killer
7. Rhythm & Sound, Spend some time
8. Black Uhuru, General penitentary
9. Bad Brains, How low can a punk get
10.Theo Parrish, Paralell dimensions





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