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EXTREME
Le label EXTREME se situe aux avant-postes des courants musicaux actuels. En quinze ans d'existence, sa ligne éditoriale n'a pas varié : privilégier les expressions musicales qui s'adressent avant tout à des esthètes. De ce point de vue, cette plateforme éclectique porte bien son nom.
L'identité
de cette structure indépendante est renforcée par un visuel ou
plutôt une griffe. Le logo trône sur la pochette de chaque album
tel un stigmate
.
Comme la signalétique des livres édités dans une même
collection. Des disques qui sortent exclusivement sur CD. Un format qui infléchit
logiquement la texture des sonorités. Il y a un son Extreme. Net
et précis. Accentué par un procédé d'enregistrement
high-tech qui rappelle celui utilisé naguère par Em:t. Singulier
développement "techno-logique" pour une aventure musicale dont les premiers
balbutiements ont été consignés sur cassette. Extreme a
un parcours comparable à celui de Staalplaat, autre label de référence.
Leur histoire est, de fait, celle de l'underground dont les principaux vecteurs
furent, en ces temps analogiques, les K7 et la radio.
Ce n'est
donc pas un hasard si ROGER RICHARD, le label-manager d'Extreme a débuté
sur la FM à l'aube des années 80s. Il sévit alors sur 4ZZZ-FM
à Brisbane, dans la région du Queensland en Australie. Puis ses
études le conduisent à Melbourne où il poursuit sa "mission
évangélique" en sermonnant son public avec de l'indus
et
des dérives expérimentales sur les ondes de 3PBS et 3RRR. Programmation
et animation d'émissions mais aussi organisation de concerts, il est
presque présent d'un bout à l'autre de la chaîne de production
musicale. Son activisme l'amène à rencontrer un certain Ulex
Xane qui a mis en place un micro-label baptisé Extreme ! En
1987, Roger Richard prend le relai. Et un an après, sort un LP co-signé
Merzbow / SBOTH, "Collaborative". Ce sera le seul album d'Extreme
à paraître en vinyl; si l'on excepte les cinq références
éditées sous licence par ses partenaires européens (Artelier
Music en Allemagne). La suite s'écrira donc en numérique. "Deus
Ex Machina" de Paul Schütze est le point de départ d'une
pléthorique DISCOGRAPHIE qui inventorie presque toutes les formes
musicales comme en témoigne un rapide survol du catalogue d'Extreme.
Au rayon "musiques nouvelles" et "mutantes", inspirées tant par la world-music que par le jazz ou même le post-rock, on trouve notamment Jim ORourke, Laughing Hand, Elliott Sharp & The Soldier String Quartet. Cette approche baroque et transversale est déclinée sur une modalité plus intimiste par Skùli Sverrisson. Le versant "abstrait" de ces peintures sonores étant assuré par Christoph Heeman et Shinjiku Thief. Land (alias Jeff Greinke), Robert Rich et surtout Mo Boma auteur dune trilogie en forme de variation sur des nouvelles de J.G. Ballard, "Myths Of The Near Future" générant pour leur part des atmosphères chatoyantes et vaporeuses qui sétirent comme un long fleuve tranquille Cette luminosité offre un contraste saisissant avec la "Music For Air Raids" d'Ether; sorte de "vol de nuit" version avion furtif
Extreme
accueille aussi des musiciens qui préfèrent la frappe des percus
à laridité des boîtes à rythmes sans pour autant
renoncer complètement à toutes sonorités électroniques
.
Généralement qualifiés dethno-ambient, ces albums
nous font faire le tour du monde avec des escales au Mexique avec Jorge Reyes.
Dans lArizona : "The Spiritual Bonding" de Vidna Obmana.
Et bien sûr lAustralie, la patrie des Aborigènes dont le
son envoûtant des didgeridoo retentit comme par magie sur "Sound
Column" de Lights In A Fat City. La Chine ("United States Of Islam"),
l'Inde ("Bhutto") et le Moyen-Orient ("Intifaxa") font partie de ces nombreuses
destinations : le regretté Bryn Jones, aka Muslimgauze, a
réalisé sur ce label quelques-uns de ses opus les plus hypnotiques.
Le plus envoûtant étant sans conteste "Zulm".
A lopposé
de ces "ethnographes", on distingue des virtuoses du sampling qui composent
des "assemblages" ou, plus exactement, qui pratiquent lart du
collage avec humour et brio. Tel SOCIAL INTERIORS alias Rik Rue
qui travaille à partir de bandes, de mini-discs et autres supports pour
créer des sketches musicaux. Une telle démarche suscite une correspondance
visuelle. "Hope & Despair", le clash sonique et culturel de Kato
Hideki, est placé sous le signe de la photographique. En plus animé,
soit 24 images par secondes, les courts métrages de C-Schulz ("4
Film Ton") peuvent être projetés avant les spectacles de SOMA;
aka David Thrussell (Black Lung) et Pieter Bourke (ex Dead Can Dance). Cette
formation affiliée au réseau M.A.CO.S. (Musicians Against Copyrighting
Of Samples) se met en scène grâce à une utilisation intempestive
de samples qui donne un relief particulier à leurs albums colorés.
Cest véritablement de la 3D, pour les yeux et les oreilles, comme
en témoigne la pochette
de "The Inner Cinema". Une "comédie musicale" qui
se revendique autant de Sergio Leone que de Luis Bunuel. Cet album est une symbiose
de styles : breakbeats dubisants et musique country, trip hop décalé
et electronic-music, etc.
Avec des projets tels que Groovy, on revient vers des compositions plus conventionnelles, franchement "old school" et clubby. Une démarche fort heureusement tempérée par la nouvelle orientation prise par PABLOS EYE sur "You Have A Learning For Perfection". Soit, pour certains titres, un parti pris techno-indus minimaliste dont lécho se prolonge sur "Sporen / Binumb" de Fetish Park; par ailleurs plus connu pour ses mises en ondes érotiques Version hard, MERZBOW sillustre avec sa "Music For Bondage Performance". Mais là, cest vraiment "extrême" Tout comme John Duncan et son compatriote Otomo Yoshihide, ce Japonais sacrifie ses machines pour leur arracher des bruits distordus, saturés ou stridents comme un cri primal. A côté, le hardcore semble bien désuet
Malgré
cette incroyable diversité de styles, il est malgré tout un genre
qu'Extreme n'a pas abordé : le dub. Pourtant on mesure l'intérêt
que Roger Richard a pour cette musique protéiforme avec Extreme Dub Systems.
Ephémère sous-division dont l'objectif avoué était,
outre la bass-music, de défendre la dub-poetry et les minorités
culturels. Le collectif amérindien, The Fire This Time qui a ouvert
les hostilités était très représentatif de ce parti
pris. Le visuel guerrier de leur opus, "Basslines & Ballistics"
,
correspondait parfaitement à leur démarche "warrior" cautionnée
notamment par Augustus Pablo, Mikey Dread et Oku Onuora ! Suivront deux/trois
autres coups de mains, mais la révolution avortera. De l'aveu même
de Roger Richard, cette expérience n'a pas malheureusement pas été
concluante. Dans l'immédiat, il ne reviendra pas à la charge et
devrait se concentrer sur son site et développer l'édition de
DVDs. Wait & see
Laurent Diouf
article publié sur le site Hypertunez.com en 2001
E-Mail extreme@well.com
Sitewww.xtr.com
Radio Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris. email Wreck This Mess