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AFRICAN EXPEDISOUND
la chaleur est aussi une question de rythme…

Des nuages de poussières, des moteurs qui hennissent sur des pistes défoncées et le soleil au zénith… À première vue, les images de l'African Expedisound évoquent celles du Paris-Dakar ! Et pourtant, c'est son anti-thèse absolue. Cette expédition est une aventure généreuse, humaine et musicale.

Un périple qui a emmené les collectifs IOT (In, Out ,Thru), Tomahawk et les Teknokrates de Marseille à Bamako. À l'arrache et au feeling, comme nous le confie Mrik. Notre manière de voyager a toujours été spontanée. Je veux dire par là, que la préparation logistique était nulle. Pas de contact sur place, les rencontres se font aux hasards des chemins… Par contre, la préparation des camions (des TRM4000 de l'armée française) dura plus de deux mois. La plupart des membres du groupe sont donc restés dans les Hautes-Alpes afin d'équiper les véhicules pour leur passage aux Mines et l'obtention de la carte grise. De plus, pour entrer sans histoire au Maroc, il fallait que ces camions ressemblent à une habitation. Donc, pause de cellule sur les plateaux et aménagement habituels : camping-car un poil roots ! Seul le trajet et les projets ont été fixés à l'avance : cap sur le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal et le Mali. Nous espérions continuer jusqu'au Burkina Faso mais la chaleur, extrêmement difficile à gérer, a eu raison de nous. Et l'arrivée de la saison des pluies a fini de nous convaincre… L'aménagement des camions fut accompagné d'une récolte de livres scolaire auprès d'amis et d'école, ainsi que de vêtements, qui furent distribués au cours du voyage, dans les villages traversés. Quelques médicaments et surtout des préservatifs furent également distribués. En tout, il y avait 7 camions, dont 6 poids lourd, 11 personnes, 5 chiens et un sound-system de 6 000 W (à peine 3000 au retour, pour cause de piste difficile, de termites et d'humidité !).

Un voyage initiatique intéressant à plus d'un titre, à l'heure où les survivants de la scène free, fuyant le naufrage des teknivals hexagonaux, foncent vers l'Est pour échapper au flicage généralisé… Alors ? Racontes ! Après une traversée de la Mauritanie marquée par la déclaration de guerre américaine en Irak, nous sommes restés presque 2 mois à St Louis, au Sénégal. Là, nous avons rencontré Lamp Fall, un groupe de griots et musique traditionnelle. Nous avons enregistré avec eux et organisé des soirée-concerts — où nous prenions la relève avec des mixes — et des plans ciné dans les quartiers car c'était simple et rapide à proposer dans les villages. Nous avons fait d'autres fêtes à Bamako, au Mali, avec un grand nombre de MC locaux… Le hip-hop et le ragga sont vraiment bien implantés, comme on a pu le constater à St Louis. Mais leur culture rend difficile le contact avec la musique électronique… Au Mali, les gens ont peut-être plus une culture sound-system. En tout cas, la fête à Bamako s'est bien passée. Il faut, bien entendu, amener ça doucement, dans l'évolution de la soirée. Mais si c'est bien fait les gens suivent : à notre grande surprise, il y a eu de très bonnes réactions sur la drum-n-bass. Peut-être aussi parce que les breakbeats évoquent les tamas (talking-drum)…

De cette expérience, il reste un CD en forme de carnet de voyage où Ascender, Cyberskum, L'Iguane, Midi Link, Pongoïd, etc., font résonner quelques morceaux bien frappés avec, en inter-mixes, quelques "photographies audios" (fête de l'Ida). Il en existe une version LP 3-titres; dont " Nouak Shots" (warff !) signé parArok & Mecha. Des éléments sonores étant librement téléchargeables pour qui veut réaliser un morceau avec. D'autres projets sont en cours d'élaborations. Moralité de l'histoire ? Il est difficile pour un groupe de 11 personnes avec sound-system, projection et camions de passer inaperçu ! Rien que le fait d'avoir autant de matériel change complètement la donne… La plupart des rencontres sont intéressées (normal) et il n'est pas évident de supporter le regard permanent des gens lors de nos campements ! Et la dure réalité de l'Afrique, on se l'est pris en pleine "poire". Mais même si c'est difficile à accepter, c'est peut-être la meilleure chose que je retiendrai du voyage : comprendre et analyser a quel point les différences sont présentes. On ne se rend vraiment pas compte, en Europe, de la chance que l'on a…

Laurent Diouf
Article publié dans Coda, juillet-août 2004

African Expedisound,Audio Report opus 1 (IOT Records)
site: www.iotrecords.com





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