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ELEKTRA
immersion numérique

C'est la tête pleine de clichés que nous nous sommes envolés pour le Canada, début mai. Ah, le Grand Nord, les bûcherons, le sirop d'érable… Stupeur et tremblements, à notre arrivée à Montréal, nous baignons dans une chaleur tropicale. 31° ! Ensuite, le thermomètre affichera 25. Tee-shirt, lunettes noires, soda. En fin de semaine, la température redescend autour de 17/15°. La moyenne, normalement, en cette saison. La faute à toutes ces machines, ma brave dame… Pensez, même les arts, que l'on disait "beaux", naguère, sont devenus numériques !


Du 9 au 13 mai dernier à Montréal, donc, avait lieu la 8e édition d'Elektra dédiée aux créations artistiques mêlant nouvelles technologies, images digitales et musiques électroniques. Aux manettes, l'ACREQ, Provokat et L'Usine C. Camp de base de cette manifestation qui se doublait pour la première fois d'un Marché International de l'art numérique avec Alain Thibault, directeur artistique du festival, en maître de cérémonie.

Une initiative intéressante qui permet de croiser les points de vue, de confronter des problématiques et d'exposer des projets entre professionnels (artistes, producteurs, organisateurs, organismes administratifs, responsables de salles, journalistes, etc.). De tisser les fils d'un réseau.

Étaient ainsi présents des représentants de Digicult (portail et e-magazine italien), Ars Electronica, Optofonica, STRP, TodaysArt Festival, HTMlles(festival et plateforme cyberféministe), Recombinant Media Lab, NouveauxMedia.net, Le Cube, etc. Et Némo dont le commissaire Gilles Alvarez a également présenté un panorama des créations vidéos présentés quelques jours plus tôt à Paris dans le cadre de ce rendez-vous multimédia.

Ces exposés étaient complétés par des rencontres avec des étudiants-chercheurs de l'UQAM (Université du Québec A Montréal), d'Hexagram (Institut de recherche / création en arts et technologies médiatiques) et les personnes investies dans la SAT (Société des Arts Technologiques). Un centre transdisciplinaire, lieu de création, de recherche et de diffusion (concerts, expos). Parfaite illustration de la synergie qui existe entre science pure, technique appliquée et création ludique, dès lors que l'on parle d'arts numériques. À rebours de la "raison utilitaire" (pour reprendre la terminologie d'Alain Caillé).

Nous nous sentons un peu comme des enfants face à leurs tissus pixellisés, sorte de patchwork réactifpouvant changer d'aspect. Aux robots modulaires et autres machines hystériques destinées à des performances interactives. À Evolver (de Darwin Dimension), un logiciel de 3D concevant, et animant, des personnages en fonction des différences corporelles de leurs ascendants. À la "vision globale", sur 360°, du Panoscope. Aux facultés "entropiques" d'une mystérieuses chambre noire vaste comme un amphithéâtre…

En ce qui concerne le volet musical, le festival Elektra proposait chaque soir, trois  interventions à l'unité de ton redoutable : electronic-noise, dark-ambient et post-indus… Des sonorités en "résonance" avec les images projetées, trafiquées et synchronisées, sur trois ou cinq écrans. Kaléidoscope étrange, jeu de superpositions, trame géométrique, délire onirique ou dérives abstraites…

Ryoji Ikeda s'impose avec Datamatics. Une pièce toujours très efficace, avec ses lignes de fuites et ses bruits blancs taillés au scalpel… Scanner & TeZ présentaient pour leur part Blindscapes. Et nous avons également été sensible aux créations audio-visuelles de Ray_XXXX (Pulse), Ulf Langheinrich (de Granular Synthesis) avec Drift, un décliné de variations très stratosphériques, RYBN (EEE008 extended) ainsi que la "comédie humaine" de Skolte_Kolgen, Silent room, et celle d'Alexander Wilson + Seth Poulin (Decay line). Bref, une sélection de qualité.

Cerise sur le gâteau : Feed. Une expérience limite proposée par Kurt Hentschläger (l'autre moitié de Granular Synthesis). Au préalable, il fallait signer une décharge stipulant que l'on ne souffrait pas d'épilepsie photosensible, de pression sanguine anormale, de problèmes respiratoires, de claustrophobie ou autres joyeusetés du même tonneau.

Une fois rempli ces formalités qui nous ont un peu "chiffonné l'intérieur", on pénètre dans la salle en repérant bien le marquage au sol. Un oeil inquiet sur les anges gardiens au gilet fluorescent assis en bout de rangée pour évacuer, si besoin était, une personne prise de malaise (ce qui n'a pas manqué de se produire le 1er soir). Une dernière mise en garde. Les lumières s'atténuent. Notre pouls s'accélère… Sur l'écran, des pantins tri-dimensionnels tournent lentement et se démultiplient en épousant le tempo d'une musique circulaire et sournoise…

Les minutes passent, le son augmente… D'un coup, les figurines disparaissent. Black-out. Le volume grimpe encore d'un cran. Pshiiiiiii… De la fumée envahit complètement l'atmosphère. On ne distingue ses mains qu'à 3 cm du visage ! Des stroboscopes rentrent action. Lumière vive et séquencée qui change de couleur. Immersion totale. Désorientation sensorielle puissance 10. Même les yeux fermés, on en ressent l'effet perturbateur. Tout se précipite. Nous sommes au cœur de la machine…


Laurent Diouf (article publié dans MCD #41, juil./août 2007)

Site: www.elektramontreal.ca






Laurent Diouf @ WTM-Paris