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COIL
Soleil Noir
Coil est revenu sur le devant de la scène, l'été dernier,
lors du festival Sonar à Barcelone où ils firent évènement.
Cela faisait plus de dix ans que ces vétérans n'étaient
pas apparus en public. Depuis, quelques dates ont confirmé ce retour
tonitruant : le 25 Mars dernier, John Balance, Peter "sleazy" Christopherson,
ThighPaulSandra, Simon Norris et Drew McDowall ont clôturé la troisième
édition des Obliques Lu Night, à Nantes. C'était la première
fois depuis sa création en 1983 que cette formation mythique se produisait
en France.
Des figures géométriques qui tournent comme des gyroscopes hypnotiques accompagnent cette cérémonie poignante et irréelle où voix et nappes se répondent entre deux bourdonnements synthétiques et un battement mécanique. Jusque-là, rien de transcendant. Nous sommes encore dans le registre de l'émotion pure, oscillant entre nostalgie et découverte. Dans la salle, comble, peu d'entre nous les a déjà vus officier. Et puis, après une mise en garde que l'on ne prend pas au sérieux sur le coup, on bascule dans un autre monde. On réalise que ces lascars n'ont rien perdu de leur virulence industrielle. Un magma électronique coule dans nos oreilles comme du plomb fondu. Pas de montée en puissance, peu de variations mais un son qui arrive en bloc. Dense. Compact. Nous sommes sur un registre physique. De la matière sonore à l'état brut. Un shoot d'electronic-music non coupée : 100% instrumentale. Nous vivons une expérience sensorielle unique, renforcée par un déluge stroboscopique à tomber. Cette douche écossaise dure un quart d'heure / vingt minutes non-stop. Le temps d'un combat de coqs Une éternité. Les cinq silhouettes revêtues d'une combinaison blanche semblent décider de notre destin, courbées sur leurs machines. Soudain, ultime geste de cruauté, tout s'arrête d'un coup et l'on se retrouve au bord du vide. Anéanti mais presque en manque. Histoire de s'achever en beauté, on aurait souhaité un dégazage rythmique brutal à la Imminent Starvation, par exemple, en guise de coda
La présence de Coil dans ce type de manifestations dévolues aux musiques électroniques est significative du foisonnement musical qui s'est constitué sur les cendres de Throbbing Gristle, acte fondateur de la musique industrielle. De la flamboyante inquiétude des années 80 ("The Anal Staircase" / "Scatology", "Horse Rotorvator", "Gold Is The Metal") à la petite musique de nuit du 3ème Millénaire ("Musick To Play In The Dark", "20' To 2000"), la discographie de Coil plus facile à obtenir sur Internet que chez les disquaires pour cause d'édition ultra-confidentielle exprime les mutations successives de la musique actuelle. Inséparable de nouveaux paradis chimiques, la révolution digitale qui marquera les années 90 étant symbolisée par un album charnière, à la tonalité ronde et au titre emblématique, "Love Secret Domain". Annie Anxiety, Autechre, Chris & Cosey, Lustmord, Meat Beat Manifesto, Nurse With Wound, Scorn, le label Sub Rosa, William Blake, William S. Burroughs, etc : les liens tissés sur leur site sont assez révélateurs de leur longévité et prouvent, si besoin était, que le chemin vers une musique synthétique et répétitive ne passe pas nécessairement par Detroit. Qu'il y a une histoire parallèle Des histoires. Dark-ambient, embellies groovy, invocations psychées, electronica décalée, expérimentations électro-acoustiques, et même excursion dubbisante à l'invitation de Kevin Martin sur le premier volet de "Macro Dub Infection" : la palette musicale de Coil est saisissante. Ce spectre sonore est élargi avec des projets annexes, d'obédience minimale techno : ELpH, Black Light District, Time Machines. Allégorique, onirique, mystique, surréaliste, sulfureux (Aleister Crowley), cinématographique (Derek Jarman), dionysiaque ("How destroy angels : ritual for accumulation of male sexual energy"), engagé ("Tainted love"), Coil génère une musique spatio-temporelle, astrale; comme l'indique explicitement le titre de certains morceaux et albums ainsi que leur rythme de parution (calqué sur le solstice et l'équinoxe pour une série de 10"). Loin du simple divertissement, Coil communique au travers de la musique.
"Tout ce que l'on fait est magique. C'est une façon d'interpréter
le monde. C'est aussi une question de connivence, de prédestination.
Il suffit de projeter sa volonté dans un objet ou une image. Avec Coil,
nous projetons notre volonté dans la musique. Nous faisons de la musique
magique. Nos lives sont conçus comme un rituel, nous faisons brûler
de l'encens. Pas seulement pour purifier l'endroit mais aussi pour créer
une ambiance, un espace protégé. Time Machines était vendu
avec de l'encens pour que l'auditeur puisse recréer ces conditions d'écoute.
Nous voulons éveiller tous les sens. Nous souhaitons que notre musique
ait un effet thérapeutique, qu'elle change la perception comme une drogue.
Notre perception du son s'accompagne toujours de visions et c'est aussi pour
cela que nous faisons des projections durant nos lives. A la fois pour conjurer
et créer une atmosphère. Ces images sont des évocations
même si elles sont abstraites. Ces visuels transmettent un fluide, créer
un lien télépathique avec le public. Chaque personne ressent ces
images différemment, de même que les slogans qui s'y ajoutent.
Nous faisons preuve de prosélytisme. Nous suggérons mais nous
ne sommes pas directif. Tout dépend du contexte dans lequel le public
reçoit notre musique. Nous instaurons une tension progressive durant
nos lives. Nous utilisons le bruit comme le silence. On commence par jouer deux
ou trois vieux morceaux, en général "Blood from the air" et "Titan
arch", puis cela gagne en intensité. La magie, le feedback dépendent
aussi de l'endroit. On aimerait jouer dans des lieux "magiques", à Marrakech,
au Planétarium de Chicago et sur les falaises de Douvres avec Chris &
Cosey. Ils sont d'accord pour faire un set à cet endroit où il
y a le plus de suicide en Angleterre. On avait d'ailleurs photographié
ce lieu pour la pochette d'un album de T.G. Mais nous sommes cryptiques. Pendant
très longtemps, nous n'avons pas fait de lives ni répondu à
beaucoup d'interviews et nous ne nous sommes jamais vraiment expliqués
sur notre démarche. Faute d'explication, il y a peut-être eu un
malentendu. L'avènement du nouveau millénaire nous a convaincu
que nous devions sortir de notre réserve. Nous ne pensions pas être
attendu à ce point. Nous avons complètement changé sur
ce plan et nous sommes prêt à rencontrer les gens. Et c'est ce
que nous faisons actuellement. C'est un peu comme une "mission". Une renaissance.
Notre participation à la série 20' To 2000 sur Raster-Noton marque
effectivement le début de ce nouveau cycle. Nous sommes un groupe solaire.
Mais un soleil intérieur nous a détruit : la drogue et l'alcool.
Le soleil noir que nous avons tous dans notre cur
Les ténèbres
sont très importantes. Nous devons apprivoiser nos démons. Mais
la lumière électrique a effacé nos zones d'ombres. Pas
seulement à l'extérieur mais aussi nos espaces intérieurs,
ceux de la mythologie, de la magie, alors que la lueur d'une bougie ou d'un
feu préservent cet imaginaire. Nous essayons d'être plus proche
des cycles naturels. Désormais, nous faisons une musique lunaire."
Laurent
Diouf
Article publié dans Coda magazine en Mai 2001
Thresold House, BM Codex, London WC1N 3XX, Angleterre.
Repères
discographiques :
- Scatology
- Horse Rotorvator
- Gold Is The Metal
- Love's Secret Domain
- The Snow
- Stolen And Contamined Songs
- Astral Disaster
- Musick To Play In The Dark (vol. 1 & 2)
Radio Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris. email Wreck This Mess