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BLOOD
& FIRE : LA MÉMOIRE-VIVE DU REGGAE-DUB.
Le label
BLOOD & FIRE est devenu une référence absolue en matière
de ré-édition grâce à lobstination de STEVE
BARROW, véritable griot du reggae-dub. "Dans les années
60, jécoutais déjà de la musique jamaïcaine :
blue beat, ska, rock steady. En 75, jai ouvert un magasin de disques.
Cette année-là, je suis devenu journaliste pour Black Echoes.
Puis jai écrit pour le N.M.E., le Billboard, etc. En 79, jai
commencé à faire des compilations de ska pour Island : "Intensified"
et "More Intensified". Á partir de 1984, jai réalisé
des compilations pour le label Trojan; au total plus dune cinquantaine
jusquen 89. Jai établi la sélection et rédigé
les livrets de tous ces disques. Ensuite, jai re-travaillé pour
Island, notamment sur le coffret "The Story Of Jamaican Music" et
celui de Lee Perry, "Arkaology". Jai monté Blood &
Fire en 1993 avec BOB HARDING".
En dépit de ses nombreuses activités, Steve Barrow a découvert la Jamaïque tardivement. "Lorsque je suis allé en Jamaïque, cela ne ma pas paru complètement étranger. Javais des repères par rapport à la musique et je connaissais beaucoup de Jamaïcains en Angleterre. Entre la réalité et ce que jimaginais, il y avait juste une petite différence qui sest dissipée à mon arrivé. Je tiens à préciser que je jai jamais eu de problème de racisme. Où que jaille, jai toujours été très bien accueilli; y compris dans les endroits où jétais le seul Blanc. Le message du reggae a toujours été le même : one love, one blood".
Lors de
ce premier séjour, en 93, Steve Barrow a rencontré pratiquement
toutes les sommités du milieu reggae. "Je suis allé chez
BUNNY LEE avec Bob Harding. Il nous a ouvert ses archives. Il avait des
centaines et des centaines de bandes un millier peut-être
dont beaucoup de productions de KING TUBBY. On a passé des jours
et des jours à faire des recherches et, pour finir, nous sommes rentrés
en Angleterre avec 150 morceaux. Puis, nous avons fait une autre sélection
pour les deux premières productions de Blood & Fire, "If Deejay
Was Your Trade" et "Dub Gone Crazy", sorties en 94".
Au sens noble du terme, Steve Barrow et son équipe sont des archéologues. "On travaille à partir de bandes, de cassettes et, bien souvent, de disques. Dans beaucoup de cas, les bandes ont disparu. Elles ont été perdues ou bien on a ré-enregistré dessus faute de pouvoir faire autrement. La seule possibilité quil nous reste, cest de refaire un master à partir des vinyls. Beaucoup de productions nétaient jamais sorties sur CD. Cétait le cas du fameux album de BURNING SPEAR, "Social Living", que nous avons réédité. Et il y a énormément de bonnes choses qui ne sont sorties que sur 45t. Il existe maintenant de très bon logiciels pour pouvoir faire une transcription digitale de qualité. Nous utilisons, un programme qui a été conçu à luniversité de Cambrige, C.E.D.A.R. (Cambridge Electronic Digital Audio Restoration). Cest un traitement contre le souffle et les craquements. Cela retire le bruit de fond et tous les sons qui ne font pas partie de la musique".
Basse, batterie,
guitare, clavier : à lorigine, le reggae était tributaire
de lanalogique. Mais le dub et les sound-systems ont préfiguré
la révolution digilale dès les années 70. "Cest
à cette époque que la conception de la musique actuelle a été
inventée. Avec King Tubby qui a défini les bases du dub. Des critères
que tout le monde a adopté par la suite : la notion de remix vient
du dub et lelectronica sinspire directement de ces techniques de
studio. Le hip hop et rap également; cest-à-dire le fait
de prendre un micro et de toaster sur des versions
Fondamentalement, lidée
est là ! Autre exemple, le drum-n-bass ou le fait de mettre les
rythmiques et les basses en avant : ce procédé a son origine
dans les dancehalls jamaïcains. Dans la mesure où les sound-systems
jouent en plein air, le son doit pouvoir porter; doù la ré-équalisation
des basses et de la rythmique. Globalement, le format des dancehalls jamaïcains,
cest celui de la "dance-music" : deux platines, une table
de mixage, un sampler, des effets, un micro".
Le sound-system est une véritable cérémonie que Blood & Fire perpétue avec des DJ mythiques et Steve Barrow dans le rôle du selector ! "À la base, ce phénomène est dû à la pauvreté. En Jamaïque, personne navait les moyens de soffrir une platine. Mais en pratique, les gens nen avaient pas besoin puisque les sound-systems ont un son énorme. Au sens strict, la musique envahit tout là-bas. Tout comme le toast : dailleurs les gens ne viennent pas pour me voir passer des dubplates mais pour écouter RANKING JOE, TRINITY, U BROWN ou JOSEPH COTTON. Ces artistes ont commencé leur carrière dans les années 70 ! Nous espérons restituer un peu du feeling de cette époque, pour les jeunes générations et tous ceux qui nont pas pu assister à cela. Cest la raison pour laquelle il existe aussi un sound-system Blood & Fire".
Salut et merci à
Steve Barrow et à Florent.
Laurent Diouf, entretien publié sur le site Hypertunez.com en 2000
King Tubby & Soul Syndicate "Freedom Sounds In Dub"contact: Wreck This Mess