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BLACK LUNG : la grande conspiration

David Thrussell fait figure de parrain de la scène australienne. S’il est resté fidèle à Snog, formation hybride et " popisante " de ses débuts, il s’est surtout affirmé auprès d’un public plus chevronné avec Soma. Ce projet en forme de " cinéma intérieur " condense toutes ses influences. C’est un télescopage de sonorités diverses, à la fois harmonieuses et abruptes, un collage riche en couleurs, plein de surprises et de rebondissements. À l'écoute, on comprend pourquoi David Thrussell est affilié au mouvement M.A.C.O.S. (Musicians Against Copyrighting Of Samples). Un nouvel album est annoncé pour bientôt… Mais son fait d’arme le plus marquant reste Black Lung, véritable électrochoc doublé d’un appel à la rébellion neuronale, textes et samples à l’appui.

Comme l’indique son pseudo, David Thrussell ne voit pas la vie en rose… " The Great architect ", nouvel opus paru il y a trois mois, confirme cette tendance. Ce disque fait le grand écart entre saturations excessives des basses fréquences et pureté cristalline des aigus. C’est un imbroglio mélodique, un invraisemblable enchevêtrement de structures explosées. Une compression en règle de l’avant-garde électronique et rythmique. Féru de SF et un brin parano, Black Lung nous propose la bande-son heurtée d’une politique-fiction qui anticipe le pire sur notre vie quotidienne. La récente réédition de " Rhic-Edom " en est la parfaite illustration. " Radio Hypnotic Intra-Cerebral Electronic Dissolution Of Memory " : ce 12" doit son titre à une supposée technique de manipulation mentale testée par la C.I.A. mais dont l’origine serait extra-terrestre ! Débriefing.

Mis à part " Silent weapons for quiet war ", tous les albums de Black Lung sont sur la même longueur d’onde électronique…
Pour être honnête, " Silent weapons… " est un album qui date maintenant. Il a été enregistré entre 1989 et 1994… Mais à l’origine, ce travail en studio n’était pas destiné à être enregistré. C’était juste des expériences. Par contre, les autres albums ont été faits " sérieusement ". Ils sont plus conceptuels et ont été conçus sur une période de temps plus rapprochée. Par exemple, " The Depopulation bomb " a été fait en un mois. La nuit, entre minuit et six heures du matin… Je crois que chaque album a sa propre personnalité, " The Great architect " étant peut-être le plus chaotique et expérimental.

Comme les autres, cet album est axé autour des nouvelles technologies et de la théorie du complot…
Oui, car c’est là, autour de nous… L’art doit s’efforcer être une exploration des aspects cachés de notre quotidien. La réalité est de plus en plus complexe. Cryptée, cryptique… Et la vraie nature des choses est occultée par les médias.

Sur ce plan, les titres de tes morceaux sont " explicites ", de même que les samples que tu utilises ainsi que les citations qui figurent sur les notes de tes CD. Et tu as déclaré que " la musique instrumentale est aussi une forme d’engagement "…
Bien sûr ! La musique instrumentale est, et doit être, impliquée. Subjective. La politique fait partie de notre spectre émotionnel. L’art devrait toujours être engagé car la politique est intrinsèque à la condition humaine. La musique n’est pas un simple divertissement… Le courant " dark " de l’electronic-music est celui qui exprime le mieux les dissensions et les frustrations, le ressentiment et l’impatience, et finalement tous les sentiments qui, s’ils sont canalisés, peuvent déboucher sur une action politique.

Soma est plus " cinématographique " que Black Lung. Sur quel plan se situe cet autre projet ?
L’idée est de mixer différentes sources. Des choses traditionnelles, atmosphériques, chantées, rythmées, etc. Nous voulons effectivement faire de la musique cinématographique avec des vocaux et des samples sur des structures rythmiques. Explorer toute la magie du son…

Tu appartiens au M.A.C.O.S. Quelques mots sur ce mouvement qui se bat contre le copyright appliqué au sampling…
C’est une position d’auto-défense. Pour les musiciens regroupés au sein du M.A.C.O.S., la créativité prime sur l’économique. L’industrie musicale est sous l’emprise de corporatismes qui trustent les moyens de diffusion… Ce sont eux qui régulent le marché et imposent des contraintes au sampling. La radio et la télé sont omniprésentes dans notre vie quotidienne; d’où la législation sur les droits d’auteur, le copyright, etc. Mais en tant qu’artiste, on ne m’a jamais consulté pour savoir ce que j’en pensais, si j’étais d’accord avec cette situation… Ces institutions assument cette législation. En tant qu’individu, je revendique le droit - au sens strict et en opposition à cette législation inique - de recycler, de réutiliser des éléments sonores dans un but artistique.

Propos recueillis par Laurent Diouf (online en 2000 sur Hypertunez.com)
Contact / Black Lung : electropreverts@hotmail.com

Discographie :
Silent Weapons For Quiet War (Dorobo + Machinery)
The Depopulation Bomb (Nova Zembla)
The More Confusion, The More Profit (Nova Zembla)
The Disinformation Plague (Nova Zembla)
Unconfortable Questions For Unconfortable People (Helix/Shock)
The Andronechron Incident [& Xingu Hill] (Ant-Zen)
The PsychoCivilised Society (Nova Zembla)
The Great Architect (Nova Zembla)
Rhic-Edom (Helix/Shock, rééd. Ant-Zen)




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