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AUDIOMETRIC
séance d'écoute avec BLACK SIFICHI

Photographe, chantre de la poetry-reading, vidéaste et artiste-multimedia, Black Sifichi apporte à la scène hexagonale ses talents de performeur et d'orateur. On ne compte plus les formations faisant appel à cet Américain d'origine écossaise qui réside en France depuis près de 20 ans. On retrouve ainsi son phrasé très particulier et ses contributions musicales auprès de formations comme Brain Damage, Ez3kiel et Lena pour le versant dub mais aussi sur des projets plus transversaux, groovy ou expérimentaux, notamment Tempsion, Super Stoned (avec Norscq), Weace et [1] Kilo Of Black Bondage… Mais surtout, depuis quelques années, Black Sifichi a acquis à juste titre une stature internationale en collaborant avec des grandes figures de l'electronica. À commencer par The Black Dog (dont est issue Plaid), Burnt Friedman (avec qui il travaille actuellement sur Root 70, projet dub-jazzy) ou Simon Fisher Turner à l'occasion d'un "ciné-mix" sur un film de Derek Jarman ! En tant que DJ, Black Sifichi est régulièrement invité dans des soirées ou festivals et compte de nombreuses résidences qu'il serait vain de détailler tant son nom est désormais inscrit dans ce circuit. Par contre, on connaît moins ses activités radiophoniques alors que cela fait une dizaine d'année qu'il est aussi présent sur les ondes, via Radio Nova puis Aligre FM.


Comment es-tu venu à faire de la radio ?
Mon premier contact avec une radio, c'était grâce à Bart Plantenga, l'initiateur de l'émission Wreck This Mess. Après notre rencontre à Paris, dans une galerie, il m'a invité, à plusieurs occasions, à lire mes textes et jouer mes premières maquettes musicales dans son émission sur Radio Libertaire. Quelques années plus tard, Loïk Dury est tombé sur mes mixes dub et trip hop et Jean Francois Bizot m'a proposé de partager un créneau avec DJ Morpheus sur Radio Nova. Je n'y croyais pas. C'est là que j'ai commencé à faire ma première émission radio, en 1995, consacrée exclusivement au dub et à l'electro-dub : Sub Para Dub… Ça a duré 5-6 ans. j'en garde le souvenir des rencontres avec RKK, Andrew Orr, Benoît Vilmorin, Bintou, Seb The Player, des interviews en direct avec Adrian Sherwood ou BXT, de mes chroniques pour Nova Mag et pour l'Almanach d'Actuel, des soirées Underground… C'était vivant, ouvert et positif. Mais, le mauvais souvenir c'est le jour où le Nova Mix a été supprimé, sans avertissement, pendant l'été. Lord Zeljko, Gilb R, Morpheus, Cut Killer, Manu le Malin, Ivan Smagghe, DJ Deep, moi et tout le reste: éliminés ! Ciao, basta. J'ai eu la "chance" d'être embauché sur le site Novaplanet.com avec ma propre rubrique, Electroscape mais, après une année, j'ai décidé d'arrêter et de me concentrer sur ma propre musique et mes projets.

Dans quelles circonstances as-tu rejoint Aligre FM et, surtout, quel type de programmation conçois-tu sur cette radio libre ?

J'ai commencé à faire mes émissions sur Aligre après une interview avec Denis Prévôt sur Planet Claire autour de mon album Tick avec Negative Stencil [paru en 1999 sur Noise Museum]. Il m'a demandé si ça m'intéresserait de faire une deuxième émission, sur une radio indépendante et non-commerciale, le samedi  soir. Je lui dis oui, mais pas seulement orienté dub. Pas de problème. Et Audiometric est née. Sur Aligre FM, j'ai une liberté complète pour explorer toutes sortes de musiques nouvelles : electronica, musique concrète, clicks-n-cuts, dub, techno, house minimal, hardcore, spoken-word, new jazz… Toutes les musiques qui utilisent l'électronique dans leur conception. Chaque semaine, je fais une sorte de freestyle, en ayant le privilège de pouvoir changer de direction à mi-chemin ou de continuer vers un but porté par les sons eux-mêmes. En général, je commence avec de la musique pas très rythmique puis je tisse un canevas, un "patchwork". De temps en temps, je reste purement dub ou, au contraire, expérimental avec des musiques hybrides. L'émission peut aussi bien être structurée autour de nouveaux albums, que je reçois et que j'achète, ou refléter mes humeurs. Je reste assez politique et je ne cache pas ma révolte contre le gouvernement Chirac. Il faut que les gens sachent que l'UMP est en train de tuer les radios associatives en France avec l'aide de TDF : il y a de moins en moins de subventions [FSER] et le coût de diffusion [en hertzien] est de plus en plus élevé. Plus d'infos sur le site: http://radiosendanger.free.fr

Justement, tu es bien placé pour nous parler de l'ambiance d'une radio libre et des contraintes d'une radio commerciale, des différences entre une programmation radio et une sélection pour un club…
Pour commencer, il y a les coupures de publicité qui ruinent la continuité et l'ambiance d'un mix qui doit créer un univers à part et unique. Il y a également une question de temps : 2 heures sans interruption, sur Aligre, c'est la grande différence. Enfin, il y a le choix musical qui peut-être dark, difficile, populaire ou lent rythmiquement alors que les radios commerciales cherchent toujours des tubes (plus ou moins connus); il faut que ça "bouge"… Dans un club aussi le rythme est roi. Il faut que la musique entre dans le corps, fasse bouger les gens. En club, je mixe pas mal de dub, de hip-hop et d'electro. La radio, pour moi, est plus une séance "d'écoute", c'est plus cérébral. Je veux partager les musiques qui touchent l'imagination… La simplicité, le minimalisme, la gratuité d'une radio m'attirent. Quant à l'arrivée des web-radios, disons que c'est une autre façon d'explorer la "fractalisation" du monde musical…

Laurent Diouf
Article publié dans MCD #35, juillet-août 2006

Audiometric, Radio Aligre, 93.1, sur Paris, le samedi de 22h30 à 00h30. Et souvent toute la nuit.
Re-diffusion sur l'Eko des Garrigues, 88.5 sur Montpellier, et RTF, 95.4 sur Limoges.
Site: www.blacksifichi.com





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