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ANT-ZEN : LA FOURMI SE TRANSFORME EN CIGALE.

Le développement du label "audio-visuel" Ant-Zen prend à contre-pied la morale de la célèbre fable. Après avoir accumulé près d'une centaine de productions tous supports confondus et s'être forgé une solide réputation loin des regards médiatiques, cette plateforme dirigée par Stephan Alt est en train de décloisonner et/ou de fédérer les principales composantes de l'electronic-music (l'indus, l'ambient, la techno et la drum-n-bass) via sa sous-division Hymen.

Au départ, c'est-à-dire en 1992, cette structure se proposait de défendre les musiques extrêmes sans aucune restrictions. Si le logo montre une fourmi (ant) aux prises avec le symbole Yin/Yang du Zen, en fait le nom de ce label provient de l'abréviation du terme "anti-zenzur" (anti-censure en allemand). Ce combat contre l'ostracisme dont est souvent victime l'electronic-music dans ses aspects les plus avant-gardistes s'est matérialisé par l'édition d'une première compilation - un format que Stefan Alt affectionne particulièrement - intitulée "Reynir & Tilarids". D'autres K7 suivront, puis un premier vinyl marquera la maturité d'Ant-Zen, "Zyklus D". Ensuite, viendra l'ère des CDs.

Un rapide survol du catalogue indique le côté sombre, expérimental et souvent très dur des productions siglées Ant-Zen : P.A.L., Telepherique, Synapscape, Deutch Nepal, etc. On conseillera d'ailleurs aux oreilles non-aguerries de s'y aventurer avec prudence… Cette direction hard/trash est une constante. Stefan Alt ne renie pas le principe de base de l'indus : créer un espace musical avec du bruit. Ainsi, dernièrement, il a contribué à l'élaboration de "Embers", l'album ambient-noise de Aube, en collectant des sons émis par les flammes de différents feux de joies… Ses propres projets, Salt et Nimoy, étant pour l'instant en sommeil malgré une collaboration remarquée avec Unit Moebius à l'occasion d'Electronics For Defence; une longue dé/composition dark-ambient sortie sur GodFactory.

A cet égard, rappelons que l'on ne saurait malgré tout restreindre la musique dite industrielle à ce rapport bruit/son. C'est avant tout une démarche qui trouve son achèvement dans une configuration acoustique et/ou digitale. Une approche que la galaxie techno/ambient a fini par (re)découvrir en même temps que les manipulations héritées du dub ! Autechre, Oval et Scanner se placent sur ce terrain. Cette synergie électronique ne fait que commencer. On en perçoit quelques signes au travers de la double compil "Ant-Hology" publiée pour fêter les cinq ans d'existence d'Ant-Zen avec l'appui de Stone Glass Steel, Ah Cama Sotz, Hybryds, Sigillum S, etc. Là, au milieu d'un incroyable enchevêtrement de rythmes distordus, de saturations hystériques et de crissements épileptiques, on décèle des traitements numériques, des textures synthétiques et des apports rythmiques plus familiers aux technoïdes.

Le must en la matière reste "Le Facteur Humain" de Vromb. Ce disque retranscrit une étrange expérience auratrive consécutive à de nouvelles découvertes dans le domaine neuro-électrique réalisées grâce à un casque amplificateur d'ondes ultra-toniques… Sur un fond sonore techno-tronique justement, un mystérieux Québécois nous affirme d'une voix rongée par l'inquiétude que "dans ce monde, il y a des êtres qui évoluent à notre insu, et ceci, en captant nos rayons psycho-énergétiques"… C'est, de l'aveu même de Stefan Alt, le meilleur album de son palmarès (cf. l'interview qu'il a accordée au fanzine Ellipse en Juillet 98).

Depuis, d'autres allumés sont venus étoffer le versant ambient/techno d'Ant-Zen. En particulier Olivier Moreau, John Sellekaers et C-Drik (aka Acid Kirk). Ces anciens de ReLoad-Ambient sont reclus dans une "Enclave" très très éthérée : Ambre. En plus tourmenté, proche de l'illbient, le combo Belge Silk Saw vient de signer deux albums aux titres évocateurs : "Preparing Wars" et "This Time It's War"; sans pour autant mettre fin à ses activités chez Sub Rosa. Enfin, à l'autre bout du spectre, à la limite du hardcore, on trouve Imminent Starvation (then goto Urawa, Delta Files, Torsion) et Hypnoskull (aka Patrick Stevens @ Sonar) par exemple.

Tous seront présents sur le recueil "Teknoir" — tout un programme — aux côtés de Seekness, Somantic Responses, Bochumwelt, Icon Zero, etc. Une compil éditée sur Hymen. Une division spécialement créée en Juin 97 pour les dérives techno/ambient & Co puisqu'il était impossible d'accentuer cette orientation sans dénaturer Ant-Zen; dont la finalité est de promouvoir avant tout des musiques radicales, hors-normes. Si l'enseigne de la maison-mère mentionne "audio and visual arts", le sous-titre d'Hymen s'adresse clairement à la génération techno : "technoïd noises for collapsed people". L'essentiel des sorties est d'ailleurs disponible en vinyl.

Mais il ne s'agit pas de white-labels et autres test-pressings. Tout comme pour Ant-Zen, Stefan Alt apporte un soin particulier aux pochettes; sobres avec de "vrai-faux" timbres pour indiquer le nom de l'artiste. Mieux encore, il revient à un objet quelque peu tombé en désuétude malgré le fétichisme vinylique dont font preuve les DJs : le picture-disc. Le 10" de Maeror Tri, "Pleroma", est un véritable collector de même que la ré-édition du 1er Black Lung, "Silent Weapons For Quiet Wars". Entre parenthèses, David Thrussel va commettre un double album de Snog sur Hymen… Ce souci de l'esthétique est reconduit pour les CDs : packaging original, jeu sur les matières (papier-calque, etc.), tirage limité, etc.

Outre des rythmes répétitifs mais roboratifs (Esplendor Geometrico, "Syncrotron") et les cavalcades effrénées de Ruelgo ("Vorace") qui effectue son grand retour en solitaire depuis qu'il a dissous son Syndicat, Hymen recèle également des pourvoyeurs de breakbeats acérés. Deux formations se distinguent sur le plan de la drum-n-bass high-tech : Architect ("Galactic Supermarket") et Beefcake ("Polycontrale Contra Punkte"). Ces ramifications junglistiques devraient s'étendre prochainement. Du coup, comme s'il était épris de nostalgie, Stefan Alt a effectué une prise de participation dans un autre label, Duëbel, plus abstrait et cérébral si l'on en croit la devise affichée ("advanced sonic processing"); et certainement "post-industriel" si l'on en juge par les collages bruitistes de Toy Bizarre ("KDI DCTB 02"). Sur ce, A+

Laurent Diouf
article publié dans Coda magazine en Février 1999

Contact : Ant-Zen / Hymen / Duëbel, P.O. Box 1257, 93135 Lappersdorf, Allemagne.
Fax : 00 49 941 24 867
Site: www.ant-zen.com





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