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ADRIAN SHERWOOD : dub ethnographique
Cela fait maintenant plus de vingt ans que
ce dubmaster mixe, remixe et produit une multitude de formations; telles Dub
Syndicate, TackHead, Gary Clail ou London Underground qu'il a accueillies
dans son écurie On-U Sound, actuellement en sommeil. Sans parler de
tous les artistes qu'il a pu "relifter" (Che, Einstürzende
Neubauten, Placebo, etc), parfois pour de simples raisons alimentaires (Dépêche
Mode, Blur, Sinead O'Connor et autres têtes de gondoles
). Mais
curieusement, Adrian Sherwood n'avait jamais sorti de disque en son nom propre.
C'est désormais chose faite. La chose s'appelle Never Trust A Hippy
et c'est sorti chez RealWorld.
Un hébergement surprenant mais logique.
En effet, au hasard des sollicitations dont il a fait l'objet, Adrian Sherwood
a été amené à se pencher sur les compositions
de Temple Of Sound et S.E. Rogie ("Dead men don't smoke marijuana").
Ce travail de re-mixage lui a donné l'occasion d'explorer plus en profondeur
la richesse du catalogue de RealWorld. Au point de proposer de faire un album
entièrement conçu à partir de productions issues du label
de Peter Gabriel. Les aficionados de cet ingénieur du son hors par
frémissent encore à l'évocation de ce projet mort-né.
Des réticences d'ordre philosophiques et religieuses de la part des
artistes un temps pressentis pour cette "sono mondiale" d'un autre
genre ne lui ayant malheureusement pas permis de mener à bien cette
expérience.
Néanmoins, Adrian Sherwood ne s'est pas
avoué vaincu et s'est remis à l'ouvrage, porté par ce
désir de métissage avec d'autres cultures et musiques. Il en
résulte cet album très personnel. Le premier, donc. Un disque
qui, après ses excursions en directions du blues avec Skip McDonald
(Little Axe),confirme aussi sa volonté de dépasser le strict
cadre du dub qu'il a pourtant contribué à décloisonner
dans les années 80s, à l'égal de Mad Professor (Ariwa).
En effet, il semble avoir contourné les problèmes de droits,
d'autorisations, qui avaient sabordé son projet initial en ayant opté
pour une approche finalement plus transversale encore. Dub, world, dancehall,
downtempo, acoustique, électronique, etc. Never Trust A Hippy est de son aveu même, le fruit de toute son expériences
et de ses influences. 
Plus exactement, c'est un disque aux résonances
traditionnelles mais qui reste empreint d'une grande modernité. Notamment
grâce aux rythmiques. Des breakbeats qui, sans être omniprésents,
ont souvent une consonance heurtée façon drum
& bass !
Quant aux basses fréquences, justement, elles enrobent ses mixes aux
effets multiples d'un velouté synthétique qui renforce cette
impression de renouveau. À cela s'ajoute une myriade de notes amplifiées
par la réverbe et des inserts que l'on ne décèle pas
toujours au premier passage. "No dog jazz", le titre d'ouverture
et sans doute le meilleur du lot est très significatif
de cette richesse et cette démultiplication des sources qui témoignent
de la maîtrise technique d'Adrian Sherwood.
Un album réalisé en compagnie de
Sly & Robbie (Drum + Bass), de Ghetto Priest (toast), de Steven "Lenky"
Marsden (program) ainsi que quelques-uns de ses vieux complices, dont Skip
McDonald et Carlton Olvigie "Bubblers". Mark Stewart apparaissant
furtivement via un "slogan"
percutant
Une "figuration" qui nous ramène aux riches
heures d'On-U Sound et singulièrement à African Head Charge,
période Songs Of Praise et In The Pursuit Of Shashamane Land
En particulier pour le chant, ou plutôt
les incantations aux accents enfantins rappelant vaguement des mélopées
pygmées sur "Hari up hari", "Boog a loo" et "Process
world"
Ces ambiances tribal-dub et le côté
"world-music" sont toutefois moins froides, mais aussi moins expérimentales,
que My Life In A Hole In The Ground. Un opus antérieur d'African Head Charge qui
était en quelque sorte une réplique (au sens sismique du terme)
d'Adrian Sherwood au fameux disque de Brian Eno, My Life In The
Bush Of Ghosts. Lequel tire son titre
du non moins célèbre livre éponyme de l'écrivain
nigérian Amos Tutuola
En fait, Never Trust A Hippy est aussi la "version" achevée,
le "final-cut" de ces premières escapades ethnographiques.
Laurent Diouf
Article publié dans Musiques Et Cultures Digitales en Mars 2003
Adrian Sherwood, Never Trust A Hippy (RealWorld / Virgin)
http://realworldrecords.com:16080/ntah/
Radio Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris. email Wreck This Mess