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ADDICTIVE TV
image / son
La musique et l'image se sont longtemps côtoyées
sans vraiment se rencontrer
Désormais, évolution technologique
aidant, les créations multimédias semblent avoir résolues
partiellement cette équation. On mesurera le chemin parcouru depuis
dix ans, en comparant les premières vidéo-mix d'obédience
techno (souvenez vous, la 3-D puérile des séries X-Mix et 3 Lux
en VHS
) aux oeuvres plus élaborées, combinant sampling
et synchronisation audio-visuelle (Coldcut et le fameux logiciel V Jamm).
Avec le collectif londonien Addictive TV, cette démarche a acquis une
dimension expérimentale et arty tout en infiltrant les fêtes,
le web mais aussi les chaînes de télé, les musées
et les grands évènements culturels
ADDICTIVE TV. Une expansion que nous confirme le co-fondateur de cette structure, Graham Daniels. En fait, nous sommes un collectif d'artistes un peu particulier. Tout d'abord, nous sommes producteurs télé, nous créons des programmes. Mais nous sommes aussi un label DVD qui édite des créations artistiques audiovisuelles et les DJ/VJ-mixes de nos projets TV. Enfin, nous faisons aussi des performances sous le nom d'Addictive TV, des DJ et VJ sets. Nous avons commencé en 1992. Au début, nous n'étions que deux avec un vieil ordi dans un grenier aménagé Finalement, nous avons réalisé une émission, tard dans la nuit, qui s'appelait Night Shift. Ça tournait autour des choses qui peuvent se passer, la nuit : les clubs, les boîtes de strip-tease, les patrouilles de police et même des manuvres avec l'armée en combinaison blanche dans une centrale nucléaire c'était assez surréaliste. En 96, nous avons lancé Transambient sur Channel 4. C'était la première émission télé "ambient" en Angleterre. Cela se présentait sous la forme d'une fusion musicale et visuelle : pas de présentateurs, ni d'infographie, seulement des mixes audio-visuels qui peuvent être regardé et appréciés de la même façon que les gens écoutent de la musique. C'était toujours un peu "trippé" (trippy) et très bien synchronisé. Nous sommes maintenant un groupe de DJs, de VJs, de graphistes, de musiciens et producteurs. Une personne s'occupe de la promo et des relations avec les artistes. Nous jouons et nous travaillons avec des personnes un peu partout dans le monde. Et depuis, quatre ans nous réalisons Mixmasters sur la chaîne ITV1. Nos DVDs sont le prolongement logique de ces activités.
IMAGE & SON. Nous tirons notre inspiration des pionniers du cinéma,
tels que Fischinger, Len Lye, Jordan Belson et, bien sûr, de cinéastes et vidéastes
plus récents comme Godfrey Reggio (Koyaanisqatsi) ou EBN Emergency Broadcast System, un collectif
pionnier dans le sampling vidéo dès le début des années
90 (cf. Telecommunication Breakdown sur TVT Rec.). La musique et l'image sont
des partenaires naturels; ne serait-ce qu'en termes de perception sensorielle.
C'est le rêve des artistes depuis des siècles que de pouvoir
travailler sur les deux en même temps. La technologie moderne nous permet
de le faire; et c'est désormais moins cher et plus rapide. Ce qui ne
veut pas dire que cela simplifie le processus créatif. C'est réellement
comme composer de la musique ou écrire. Et puis c'est une question
d'expérience, de feeling
Concrètement, on peut caler
l'image sur un rythme, une structure mélodique
Imaginer une
"image sonore" et se représenter des sons visuellement
Nous pensons que l'image et le son se complètent, qu'il y a une synergie
entre les deux. Sachant que l'ensemble est toujours supérieur à
la somme des parties
Fondamentalement, nous nous intéressons
à la manière dont deux choses aboutissent à une troisième.
Il est en effet toujours fascinant de voir comment l'objet filmique
d'images trafiquées, irisées, volées
ou maquillées peut devenir le sujet esthétique d'autres créations,
une fois passé sous les fourches caudines de quelques logiciels et
d'une bande-son ad hoc

MIXMASTERS. Les DVDs qui viennent de sortir, Mixmasters et Audiovisualize, mixent des vidéos articulées autour de 2/3 séquences, sur 10 minutes environ. Cela permet de découvrir différents aspects du travail d'un artiste. Comme son titre l'indique, Mixmasters reflète un peu plus une esthétique de VJing Mais, encore une fois, la plupart de ces mixes ont demandé des mois de travail et ce DVD fait preuve d'une grande diversité de styles. Certaines pièces comme Wait Not de James Graham font appel à des techniques plus conventionnelles. En l'occurrence, il a spécialement fait des prises en 8mm à Cuba et la musique a été conçue par le guitariste français, Alejandro de Valera (Nebulae of Something). En plus électronique, Weinn combine les animations de Red Dog avec les environnements ambient-electronic signés par le fameux duo russe, EU. Pour ce faire, Ben Manson (Red Dog) a désossé chaque morceau (ligne de basse, rythme, mélodie, samples) pour les synchroniser avec des éléments graphiques créés spécialement et des effets de caméra obtenue par logiciel (focus/defocus, etc.). C'est l'une des meilleures séquences du DVD. Dans le style electronica bleutée, très space, avec "des chiffres et des lettres" (mais sans le côté Matrix, rassurez-vous ), on mentionnera aussi Dannoura de Share The Fantasy & TomoGrapher. Il y a aussi, sur un ton plus enjoué, la collaboration entre Spacer et l'équipe d'Addictive TV qui atteint son apogée, sur une séquence tribal et trancey, dans un tourbillon d'image de friche industrielle en milieu désertique qui s'achève, ensuite, avec un assemblage d'images à la Tétris Une piste qui nous fait oublier le titre d'ouverture un peu / beaucoup trop mellow et clubby La rançon de la gloire ? Je ne croyais pas que ce projet prendrait une telle ampleur. Plusieurs centaines d'artistes y ont déjà pris part aux Mixmasters et, sur les prochains DVDs, il devrait figurer DJ Spooky, Miss Kittin, les Français d'eMovie et les VJs Japonais de Glamoove.
DANS L'OEIL DU PILOTE. Reposant sur l'utilisation d'archives, Dans L'Oeil Du Pilote est la nouvelle performance multimédia mise en place par le collectif Addictive TV. Nous avons travaillé pendant 9 mois pour remasteriser en numérique les prises de vues faites dans les années 50 par le pilote de ligne français Raymond Lamy; en particulier celles prises dans les colonies françaises d'alors. Nous avons retravaillé toutes les images, incorporé des extraits d'interviews de Raymond Lamy et composé une musique originale où figure aussi Alejandro de Valera. Nous l'avons joué pour la première fois en public durant le festival Villette Numérique (en octobre, cf. MCD #22) puis au centre Pompidou, à l'occasion de la Nuit Blanche à Paris. Et c'était vraiment fantastique avec le public. Il y avait un attroupement devant un écran géant, et au rez-de-chaussée un sound-system et un énorme mur vidéo relayaient ce que l'on faisait. Ensuite, avec Citizen Smith (un des DJs d'Addictive TV) nous avons fait deux sets en utilisant les nouvelles platines que Pioneer vient de sortir; les DVD-X1 qui permettent de mixer les DV. Nous avions gravé des extraits d'Audiovisualize et de The Film Remix Project. Ce projet étant basé sur des d'extraits de films cultes (La Nuit Des Morts-Vivants) et de classiques (Nosferatu de Murnau, Les Septs Samouraïs de Kurosawa) remixés par des gens comme The Noodles Foundation (Si Begg + Robin Mahoney) et Exceeda (qui devrait tous deux sortir leur 1er album DVD chez nous), de série B ou de kung-fu comme Snake Worship Island "revu et corrigé" par Eclectic Method.
AUDIOVISUALIZE. Cette "relecture" d'Eclectic Method est
présentée en ouverture d'Audiovisualize. Le montage
a la précision d'une horloge suisse. Les dialogues et les bruits des
combats ponctuant des breakbeats et une ligne de basse que n'auraient pas
renié Depth Charge
Évidemment, on pense une fois encore
aux Situationnistes qui pratiquaient allègrement ce genre de détournement
sur des films de karaté et des pornos
Mais une telle maîtrise
et surtout, une telle fusion image / son, reste rare (Timber de Coldcut étant un modèle du genre).
La piste suivante est aussi un exercice de détournement avec Corp.
Inc. de Bauhouse qui mélange
principalement des extraits de pub et vidéos d'entreprise avec une
rigidité toute managériale
On préférera
la fluidité, mélodique et graphique, du track suivant, Old
School Futures, qui finit d'ailleurs par
prendre une orientation weird-beat
C'est l'uvre combinée
de Hannas Barber et Vitascope aka Simon Richardson qui, comme le souligne Graham, a travaillé
directement sur de la pellicule, par grattage et avec des gélatines
de couleurs, pour créer des loops qu'il projette lors de ses performances.
Agencé avec des samples, des extraits de films, de l'électronique
et des instruments, cela donne un mix parfaitement synchro. Autre
perle, l'ambient-dub vaporeux mais strange de Fructose (Jim Copperthwaite) qui se
dissout dans le flou des lumières capturées par le vidéaste
Justin Eade alias Glimpse. The Mellowtrons prennent ensuite le relais sur un tempo plus soutenu
qui se répercute sur des animations percluses d'engrenages, de tuyaux,
d'antennes et d'arcs électriques
Si tout va bien, Giles
Thacker et Lee Walker devraient eux aussi sortir leur premier DVD sur Addictive
TV l'année prochaine. Ensuite, la sélection qui aligne
aussi Red-Ochre ainsi que Brian
Kane, un des fondateurs d'EBN en compagnie
de David Fodel accuse un passage à vide avec Cinderbud enferré dans une esthétique et surtout
un son très disco-pop. Disons que dans ce cas-là, malgré
les visuels, l'oreille prime sur l'il
Mais tout est bien qui
finit bien : signé par Addictive TV, le dernier track du DVD est encore
un bel exemple de synchronisation (ah, les traces lumineuses orangées
qui ricochent au gré d'une petite ritournelle acidulée) et d'effet
puzzle. Sans parler de la virgule de fin
Excellent !
Laurent Diouf
Article publié
dans MCD #23, novembre 2004
site: www.addictive.tv
références:
Audiovisualize, mixed by Addictive
TV (feat. Eclectic Method, Vitascope & Hanna Barber, Glipse
& Fructose
)
Mixmasters, the audiovisual sessions (feat. Spacer & Addictive
Tv, EU & Red Dog, The Mellowtrons
)
